Pour apprécier l'ambiance des animations de Noël, hier après-midi à Namur, il ne fallait pas rester dans le haut de la rue de Fer, où les rares chalets ouverts peinaient à accrocher le tout aussi rare chaland. Passé le long trou noir sans vie entre l'Eldorado et la place de l'Ange, on pouvait faire tourner un peu les enfants sur les trois manèges colorés qui semblaient parachutés là. Mais on arrivait bientôt place d'Armes, où l'on découvrait enfin, tout en bois brut et en leds bleus, le village de Noël.

Les férus de marchés de Noël ne seront pas déçus par celui-ci : on y trouve tout ce qu'on trouve notoirement sur un marché de Noël. Ni plus ni moins. Du fromage, de la tartiflette, du vin chaud, de la bière de saison, du saucisson, des huîtres et les habituels stands à cadeaux artisanaux (savons, bijoux, objets en bois et compagnie). Achats et dégustations se font au rythme des musiciens qui jouent sur le podium planté au coeur de ce joli hameau temporaire.

Ça ne se vend pas

Au beau milieu de cette agitation festive et mercantile, dans un périmètre délimité par des chaînes en plastique rouge et blanc, travaille posément un sculpteur sur glace. L'homme s'appelle Philippe Ongena et vient de Comblain-au-Pont. « À la base, je suis sculpteur sur pierre, entame-t-il en se roulant une cigarette. Je fais surtout des fontaines en pierre. Je travaille donc souvent avec de l'eau, sauf qu'ici elle est gelée. » Ce sympathique moustachu ne s'en cache pas : sculpter la glace sur un marché de Noël, c'est sympa mais ça met surtout un peu de beurre dans les épinards en temps de crise. Evidemment, le sculpteur ne vend pas ses oeuvres, il est payé pour faire le show.

Au fer à repasser

« Je réalise trois pièces par jour, dit-il en mettant la dernière main à un escargot de belle taille, réalisé en hommage à la ville qui l'accueille. C'est à la portée de tout le monde, en fait. C'est tellement plus facile que la pierre... Et ça va au moins vingt fois plus vite. » Sur des tables hautes, ses dernières réalisations trônent et fondent en même temps. « Le problème, c'est les projecteurs, dit-il. Ça chauffe. Ici, c'était un champignon. Là, un ourson, mais on commence à le reconnaître difficilement... » Sculpter sur glace, c'est aussi amusant que frustrant, vu la durée de vie des oeuvres exposées par 10 degrés Celsius.

L'outillage de l'artiste de l'éphémère est surprenant. Des ciseaux à bois, une petite tronçonneuse électrique et un fer à repasser. « Pratique pour lisser ou pour souder deux blocs de glace ensemble », explique Philippe Ongena. Celui-ci sera en action à Namur chaque vendredi, samedi et dimanche jusqu'à Noël. Gageons que l'escargot, lui, ne tiendra pas le coup jusque-là. A.Deb.