Et, quand on n'est pas très courageux, il y a les loups avec lesquels on va hurler. Il y a encore le pas de loup qu'on imite pour ne pas se faire remarquer. Mais abrégeons ! il y en a trop ! Et venons-en à cette expression toute simple qui dit, elle, et qui ne dit rien d'autre que : il y a un loup .

Mine de rien, elle est vraiment intéressante, curieuse, celle-là. Que veut-elle dire d'abord ? Quand l'utilise-t-on ? On s'en sert pour dire qu'il y a, dans l'affaire qui nous occupe, un truc qui ne va pas, quelque chose qui cloche. Une déficience. Un dysfonctionnement. Mais le sens de loup était plus précis, plus circonscrit à l'origine. Un loup, c'était une malfaçon, un défaut de fabrication, un ratage, un raté, un loupage, un loupé. Et loupé est devenu, par apocope, loup .

On voit par là que le loup de l'expression il y a un loup n'est pas du tout de la même espèce que le loup mangeur de bergère, de grand-mère et de Petit Chaperon Rouge itou. Mais pourquoi est-on passé du loupé au loup ? Sans doute, parce que c'était trop beau, trop tentant de mettre là, à la place du mot loupé, le mot loup, avec tout ce qu'il connote, tout ce qu'il dénote. Même s'il n'y a pas de rapport.

Le loup, son image, sa charge symbolique ou l'idée du loup nous plaisent tant qu'on fantasme sur lui ! Le loup nous fascine. Autant qu'il nous fait peur. Mais on aime avoir peur, jouer à se faire peur. Et le loup est parfait pour remplir le rôle.

Résumons. Il y a une nécessité du loup. « C'est un besoin essentiel, dit Alexandre Vialatte. Le loup peut très bien se passer des hommes, l'homme ne peut pas se passer du loup. » On l'a chassé par la porte et il revient par la fenêtre. Parce qu'on le fait revenir, on l'appelle de tous de nos voeux, on lui fait même la courte échelle.