Ainsi que nous l'avons relaté hier matin, Herman Van Rompuy est bel et bien venu à l'athénée d'Anvaing, à l'invitation de la commune de Frasnes et son école d'immersion.

Un temps pour chaque chose

Beaucoup étaient persuadés qu'au soir de sa dernière journée en Premier ministre et donc à la veille de sa nouvelle vie européenne, Herman Van Rompuy se décommanderait. Et tout le monde aurait compris qu'il fasse savoir que, vu les circonstances, il souhaitait passer cette soirée si spéciale en famille ou avec ses amis du CD & V de Rhode, par exemple.

Mais non, Herman Van Rompuy n'est pas comme ça. De longue date, il était prévu qu'il soit à Anvaing. Il n'y avait pas d'obstacle insurmontable à ce qu'il y soit. Il est donc arrivé avant même la fin du fameux « quart d'heure académique ». Une leçon d'élégance et une leçon de vie, aussi : dans l'agenda surbooké d'Herman Van Rompuy, il y a un temps pour chaque chose et chaque chose a son temps.

Sourire en coin

Sur place, l'homme a réalisé un sans-fautes maniant un humour de bon aloi du début à la fin. S'amusant de ce hasard qui lui fait terminer sa vie nationale dans un petit village wallon, comme quoi en politique, rien n'est jamais tout à fait prévisible... Ou s'avouant épaté par le culot d'un enfant d'une dizaine d'années (Quentin Cogneau) lui demandant « c'est quoi le boulot d'un Premier ministre européen ? » Avant de répondre avec pédagogie, le jeune grand-père lâche : « A son âge, je n'aurais jamais osé poser une question, et surtout pas à un Premier ministre. Je reviendrai voir dans 20-30 ans ce que ce gamin est devenu... ». Pince-sans-rire, à l'usage des adultes qui ne manquent jamais d'un fond de méfiance à l'égard des politiques, il rappelle le paradoxe de la récente crise financière : « c'est le monde dans lequel le public avait le moins confiance - le politique - qui a sauvé le monde dans lequel le public avait le plus confiance - les banques - ». On aurait voulu davantage l'entendre sur les questions institutionnelles. Mais sans doute n'était-ce plus l'heure. Toutefois, on comprend entre ses phrases, que l'homme en qui il met tous ses espoirs, c'est Dehaene (l'« autre Jean-Luc... qui est rond comme toi d'ailleurs » ) dont il a prononcé le nom plusieurs fois, alors que son « successeur » en est resté à ce seul mot de « successeur ». Van Rompuy peut aussi être un « tueur »...

N'ayez pas peur

Sur sa nomination à la tête du conseil européen, Herman Van Rompuy confirme que les autres ont pensé : « si un Belge parvient à trouver des solutions à cinq (partis) il en trouvera aussi à vingt-sept (États) . » Pour cette Europe qu'il a découverte dès son adolescence et les voyages organisés par les Jésuites.

A l'issue de la conférence, Herman Van Rompuy s'est montré d'une disponibilité en concordance avec ses propos du jour. C'est qu'au-delà de l'analyse politique nuancée à laquelle il se livre, Herman Van Rompuy en appelle à l'optimisme, à l'ouverture aux autres.

Il se défie comme de la peste du pessimisme qui conduit à une « vision négative de son prochain, (à l'absence) d'efforts, de vie associative, de prise de risques et de créativité. » Pour un peu, il reprenait les propos de Jean-Paul II : « n'ayez pas peur ».G.E. et P.L.