«On

a une quête un peu obsessionnelle, Valérie et moi, confie Kris Crick. On cherche la tomate idéale. Chaque année, on plante des dizaines de variétés qu'on trouve sur des bourses de collectionneurs, et on les teste. » Mais la curiosité légumière des deux cousins ne s'arrête pas là. Yacon, capucine tubéreuse, crosne du Japon, claytone de Cuba, occas du Pérou, mizuna, persil tubéreux, topinambour, pomme de terre des Andes... la banalité n'a jamais sa place dans les cultures de Bornival.

Pour tout ce qui touche aux légumes rares, Kris et Valérie sont des encyclopédies sur pattes. Ils n'ignorent rien des effets de mode qui ont fait le succès d'un légume avant de le jeter dans l'oubli. Un exemple ? Kris peut parler des heures de ce qui est arrivé au chervis. « À cause de l'engouement populaire pour la famille d'Orange au XVIIIe siècle, la carotte a supplanté le chervis, cette racine blanche, moins charnue mais plus sucrée, que nos ancêtres mangeaient depuis le XIIe siècle. Nous avons obtenu un plant de chervis il y a trois ans et il est actuellement en cours de multiplication. L'an prochain, on va pouvoir le mettre en vente. » Autre légume occupant actuellement la nurserie, le yacon. Une poire de terre originaire du Pérou, dont les tubercules ont des propriétés semblables à la poire et qui se mange crue ou cuite.

Les recherches des deux compères intéressent au plus haut point les professionnels de la table. Ils comptent parmi leurs clients des gens comme Pol Grégoire, chantre de l'alimentation vive, dont la table d'hôtes est située à Ittre. Ou Claude Pohlig (Chaumont-Gistoux), maître-cuisinier de Belgique et passionné de légumes anciens et oubliés.

Alors qu'importe si leur activité relève parfois davantage du sacerdoce que de l'agriculture et que les fins de mois ne sont pas toujours faciles. La passion l'emporte largement sur la raison à Bornival et c'est tant mieux pour notre assiette.A. Bil.