L'affaire avait marqué les esprits, en août dernier. Vignée ne compte que quelques habitations. Parmi celles-ci, une ferme dont le propriétaire sollicite l'autorisation de diversifier son activité par le biais d'un élevage porcin. Pour ce faire, la construction en bordure du hameau d'un bâtiment susceptible d'abriter 1923 cochons est envisagée.
Ce projet, la grande majorité des villageois n'en veut pas. Ils ont créé un comité et développé leurs arguments : nuisances olfactives, économiques, paysagères, environnementales... Ils ont en outre sensibilisé le palais royal (le château de Ciergnon n'est pas loin) et la population, une pétition ayant rassemblé 400 signatures.
Autant de démarches auxquelles la commune s'est montrée insensible. En date du 12 octobre, le collège a octroyé son autorisation.
Norme allemande ou wallonne ? Auparavant, comme le prévoit la procédure, la Région Wallonne avait réalisé une enquête. M. Paduart, le fonctionnaire technique responsable, avait remis un avis négatif. Pourquoi ? Il s'était basé sur une norme allemande qui précise que l'habitation la plus proche d'une porcherie de cette taille ne doit pas se trouver à moins de 305m. Or, la maison de Frédéric Tielemans se situe à 190m.
« Nous pensions alors que la commune n'allait pas octoyer le permis, explique Charles Delhaye, un des voisins. Car François Bellot, notre bourgmestre, m'avait dit que la moindre remarque négative de la Région se solderait par un refus du collège. Mais un autre fonctionnaire s'est quant à lui basé sur la norme wallonne qui dit que les odeurs s'estompent après 175m. C'est cet avis que la Ville a préféré suivre. Elle a donc donné son accord ».
« C'est regrettable, poursuit Félix Faucq, un autre riverain. Ce faisant, la commune privilégie l'intérêt d'une seule personne au détriment de celui de 400 ménages. Et même plus, puisque maintenant c'est sur 1100 signatures que nous nous appuyons. Nous nous sentons abandonnés par nos mandataires locaux. Ils font fi de la santé publique. Vous savez qu'au Canada, un groupe de médecins vient de prendre officiellement position contre ces porcheries industrielles ? Que l'agriculteur, contre qui nous n'avons rien à titre personnel, opte plutôt pour un élevage label qualité ardennais, en plein air. Nous n'aurions alors rien à redire car les impacts sur l'air et l'eau seraient bien plus limités. Et nous lui souhaiterions bonne chance, car nous sommes bien conscients qu'il doit gagner sa vie alors que le contexte agricole global est morose ».
La commune a assorti sa bénédiction de conditions. « Mais qui va surveiller le respect de celles-ci ? ajoute Charles Delhaye. Filtres, épandage, citernes d'eau de pluie... Nous savons que la commune ne surveillera pas. Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. Et sur la police de l'environnement, qui a déjà constaté de nombreux manquements ».