Alors cette fois-ci, n'y allons pas par quatre chemin : commençons tout de suite par lui. Abordons-le franco ! D'abord il faut savoir que le mot n'existe que dans l'expression être sur le reculoir . Comme le mot escampette dans l'expression prendre la poudre d'escampette . Comme le mot go ou le mot catimini des locutions adverbiales tout de go et en catimini . Et le mot tapinois de la locution en tapinois alors ? Non, pas celui-là ! Lui, le tapinois, il a une existence propre. Le tapinois, c'est quelqu'un. Mais quelqu'un de très discret. De secret même. Quelqu'un qui vit et agit en cachette. À la sourdine.

Tandis qu'il n'est de reculoir que dans l'expression être sur le reculoir . Une expression née, il y a déjà une bonne quarantaine d'années, au rugby. Du rugby. Elle signifie que l'équipe qui s'avère la plus faible piétine, marque le pas, n'avance plus ; et... c'est un proverbe qui, cette fois, le dit : qui n'avance pas, recule.

Être sur le reculoir, c'est donc adopter - contraint et forcé - cette posture fâcheuse ; c'est quand l'une des deux équipes ploie sous la poussée de l'autre, opère un mouvement de repli.

L'expression a, dans la foulée, gagné un autre sport de balle : le foot. Puis, récemment, le terrain politique. Mais, curieusement, elle a produit toutes ces avancées en douce. En catimini, en tapinois ! Tellement discrètement qu'elle n'a toujours pas pris la moindre place dans les dictionnaires de référence. Pourquoi ? Mystère ! Alors qu'elle a pourtant tout pour plaire, pour réussir ; qu'elle est parfaitement et logiquement construite. Et qu'elle est on ne peut plus claire, efficace, parlante, explicite... Et, puisqu'elle a déjà migré avec bonheur du terrain de rugby au terrain de foot, puis au terrain politique, elle pourrait sans problème élargir encore son domaine d'emploi... Pourquoi fait-elle une carrière si modeste ? Alors qu'il y a des mots beaucoup moins heureux comme tacle et tacler, par exemple, qui eux ont très vite fait fortune.

Le sport produit encore un autre genre de néologisme ; le néologisme par conversion .

Pour désigner, par exemple, l'ensemble des activités, qui consistent à filer, chaussé d'une planche ou deux, glissando et presto sur une chose plus ou moins fluide - tel un pet sur une toile cirée -, on a pris le verbe glisser, sa basse tout simplement, et on en a fait un nom : la glisse . On dit aussi la grimpe pour désigner tout ce qui est escalade.

Et si on a la gagne et qu'on fait tant et si bien qu'on la gagne, notre partie, notre épreuve, alors là, « ah, mes petits ! » comme disait le regretté Laboureur, c'est l'éclate !