Bon, la semaine dernière, je suis parti d'un peu loin pour aborder le reculoir, j'ai tourné autour du pot, je vous ai donné un exemple de néologisme sportif, que je vous ai montré à l'oeuvre, puis je vous en ai donné un autre autrement fait ; et - résultat des courses -, j'ai raté mon coup ; je n'y suis jamais arrivé, à mon fichu reculoir .
Alors cette fois-ci, n'y allons pas par quatre chemin : commençons tout de suite par lui. Abordons-le franco ! D'abord il faut savoir que le mot n'existe que dans l'expression être sur le reculoir . Comme le mot escampette dans l'expression prendre la poudre d'escampette . Comme le mot go ou le mot catimini des locutions adverbiales tout de go et en catimini . Et le mot tapinois de la locution en tapinois alors ? Non, pas celui-là ! Lui, le tapinois, il a une existence propre. Le tapinois, c'est quelqu'un. Mais quelqu'un de très discret. De secret même. Quelqu'un qui vit et agit en cachette. À la sourdine.
Tandis qu'il n'est de reculoir que dans l'expression être sur le reculoir . Une expression née, il y a déjà une bonne quarantaine d'années, au rugby. Du rugby. Elle signifie que l'équipe qui s'avère la plus faible piétine, marque le pas, n'avance plus ; et... c'est un proverbe qui, cette fois, le dit : qui n'avance pas, recule.
Être sur le reculoir, c'est donc adopter - contraint et forcé - cette posture fâcheuse ; c'est quand l'une des deux équipes ploie sous la poussée de l'autre, opère un mouvement de repli.
L'expression a, dans la foulée, gagné un autre sport de balle : le foot. Puis, récemment, le terrain politique. Mais, curieusement, elle a produit toutes ces avancées en douce. En catimini, en tapinois ! Tellement discrètement qu'elle n'a toujours pas pris la moindre place dans les dictionnaires de référence. Pourquoi ? Mystère ! Alors qu'elle a pourtant tout pour plaire, pour réussir ; qu'elle est parfaitement et logiquement construite. Et qu'elle est on ne peut plus claire, efficace, parlante, explicite... Et, puisqu'elle a déjà migré avec bonheur du terrain de rugby au terrain de foot, puis au terrain politique, elle pourrait sans problème élargir encore son domaine d'emploi... Pourquoi fait-elle une carrière si modeste ? Alors qu'il y a des mots beaucoup moins heureux comme tacle et tacler, par exemple, qui eux ont très vite fait fortune.
Le sport produit encore un autre genre de néologisme ; le néologisme par conversion .
Pour désigner, par exemple, l'ensemble des activités, qui consistent à filer, chaussé d'une planche ou deux, glissando et presto sur une chose plus ou moins fluide - tel un pet sur une toile cirée -, on a pris le verbe glisser, sa basse tout simplement, et on en a fait un nom : la glisse . On dit aussi la grimpe pour désigner tout ce qui est escalade.
Et si on a la gagne et qu'on fait tant et si bien qu'on la gagne, notre partie, notre épreuve, alors là, « ah, mes petits ! » comme disait le regretté Laboureur, c'est l'éclate !