Herman Van Rompuy réussira-t-il, là où ses prédécesseurs, Jean-Luc Dehaene et Guy Verhofstadt, ont échoué ? Question paradoxale : si des veto britanniques ont bloqué, en 1993 et en 2004, la candidature du « Taureau de Vilvorde » puis celle du « grand Lapin bleu » à la présidence de la Commission européenne, le Premier ministre n'est, officiellement, pas demandeur de celle du Conseil, créée par le traité de Lisbonne.

Pourtant (cfr. nos éditions de mardi), l'unanimité se serait faite sur son nom parmi les chefs d'État et de gouvernement de l'Union. Comment comprendre cet engouement ?

1. Par défaut Si le nom de Herman Van Rompuy circule depuis quelques semaines, il a surtout été question, jusqu'ici, de Tony Blair, ou de Jean-Claude Juncker. Le profil recherché, de gestionnaire plus que de leader, a écarté l'ancien Premier ministre britannique ; les réticences du Grand-Duché en matière de levée du secret bancaire auraient été fatales à son ancien Premier ministre. L'ancien chancelier autrichien Schüssel, qui avait fait alliance avec l'extrême droite, rapidement écarté, restaient le Premier ministre néerlandais, Jan-Peter Balkenende, et l'ancienne présidente lettone, Vaira Vike-Freiberga. Le « non » néerlandais à la Constitution européenne, et sa... méconnaissance du français, feraient obstacle au premier ; son manque de visibilité et le manque de présence européenne de son pays handicaperaient la seconde. Voilà comment Herman Van Rompuy apparaît, à l'Europe aussi, comme l'homme de la situation.

2.Quand ? Les dirigeants de l'Union se sont fixé la mi-novembre pour échéance, et le Premier ministre suédois Reinfelt, président en exercice de l'Union, a parlé d'un Sommet décisif pour la semaine prochaine. Lundi, les chefs d'État et de gouvernement, dont Herman Van Rompuy, seront à Berlin, pour l'anniversaire de la chute du mur, mais « l'heure sera seulement à la fête » prévient un collègue allemand. Mercredi, c'est la commémoration de l'Armistice de 1918, à laquelle le président français Sarkozy veut, dans la foulée, donner un éclat particulier. Alors, tractations mardi, et décision jeudi ou vendredi ?

3 Pourrait-il refuser ? À la différence de Dehaene et Verhofstadt, le Premier ministre ne s'est jamais signalé par son engagement européen. Et son remplacement (cfr. ci-contre) poserait grosse difficulté. « Par nature, il préfère la politique belge, mais Herman Van Rompuy sait qu'un refus serait très dommageable pour notre pays sur le plan européen », relève Kris Deschouwer. Et le Premier ministre « est homme de devoir » complète le politologue de l'université flamande libre de Bruxelles. S'il n'en veut donc vraiment pas, il devra donc s'arranger pour... qu'on ne le sollicite pas pour la fonction.