« AnoréVie », fleur de mon anorexie
Qui êtes-vous, Françoise Lievens ?Je suis à la fois créatrice du projet de l'ASBL AnoréVie, née en 2000 dans le Centre-Luxembourg, je fais partie des treize membres et suis vice-présidente de l'ASBL. Cette dernière est destinée à venir en aide aux personnes souffrant de troubles alimentaires. Les prises en charge sont pluridisciplinaires. L'association, avant tout, propose la sensibilisation.
AnoréVie, le mot-valise est plein de sous-entendus et d'espoir.
En tant qu'ex-anorexique, je vois l'ASBL AnoréVie comme une fleur de mon anorexie. Le « x », tel un couperet, stigmatisait ce besoin d'espérer. Le remplacer par un « v » a été salvateur. Aujourd'hui, alors que j'ai souffert depuis l'âge de 18 ans, je suis guérie à 100 %. J'ai réappris certaines valeurs, de vraies racines, surtout au niveau des relations familiales et transgénérationnelles. Cette quête de moi, je l'ai toujours ...
Peut-on chiffrer les personnes en souffrant en Luxembourg ?Difficile. Nous avons déjà parlé avec certains médecins, les statistiques sont difficiles, car nous ne disposons pas de toutes les données. Bien sûr, nous aimerions le savoir, en vue de grandir et d'envisager d'autres projets. Ce que nous pouvons chiffrer, c'est la réalité qu'un garçon pour neuf filles est en souffrance alimentaire et que le problème ne diminue pas.Nos services médicaux disposent-ils de tous les bons outils ?Non. Ce serait une nécessité dans la région. Il faut aller jusqu'à Bruxelles. On travaille dans l'urgence de l'hospitalisation brève, dès que le corps est déminéralisé. Bien sûr, il n'y a pas de soucis dans nos hôpitaux au niveau de la prise en charge. Chacun agit avec le maximum de bonne volonté, mais il serait intéressant de travailler en collaboration avec des personnes ayant une véritable compétence dans le domaine. « Je rencontre des personnes de 14 à 50 ans » Les signes caractéristiques ?Amaigrissement rapide et conduite alimentaire sélective. On diminue les graisses de plus en plus, puis les viandes et on s'aperçoit que la personne est vraiment en difficulté de se nourrir comme tout le monde. Cela entraîne l'agressivité, les mensonges et l'asociabilité. Par exemple, on refuse les sorties entre amis quand on sait qu'il y aura un repas à partager .
La fourchette d'âge ?De 14 à 50 ans .
Peut-il y avoir un élément déclencheur ?Le décès d'un grand-parent, une rupture amoureuse ou tout autre chose. Dans un premier temps, la personne ne se rend pas compte qu'elle est dans le mal-être.
Que conseiller à des parents qui sentent que quelque chose d'anormal se passe ?De prendre contact et de consulter. Je rencontre des parents qui sont intervenus vite, avant même que leur fille ne se rende compte de rien. Quand le déni est installé, il faut agir au plus vite... Je n'accepte généralement pas de continuer les contacts avec une jeune fille si les parents ne sont pas suivis. Si on ne travaille pas avec la famille, c'est peine perdue. Ce qu'il faut, c'est conduire à une autre qualité de communication. J'ai rencontré une jeune fille qui avait tout pour elle : la beauté, l'intelligence, l'amitié des autres. Elle était en souffrance au plus profond.
Anorexie et boulimie vont-elles de pair ?Beaucoup de personnes atteintes de troubles alimentaires souffrent des deux maux : deux souffrances qui se donnent la main. Quand on ne constate pas de boulimie, on évoque l'anorexie restrictive : la personne anesthésie sa faim. Coupable de manger. Manger, c'est la vie. Quelque part, elle se sent coupable de vivre .