En 36.000 caractères, 8 rubriques et d’innombrables sous-rubriques, Facebook a clarifié sa politique de confidentialité. Il ne s’agit absolument pas d’une opération anodine car cette charte entre Facebook et ses internautes concerne 300 millions d’utilisateurs. Qui avaient jusqu’à ce vendredi 9h (jeudi 5 novembre minuit, heure de Los Angeles) pour amender le document sur la page dédiée de Facebook Site Governance

Cette refonte n’ajoute ni ne retire aucun point fondamental, mais éclaircit la philosophie du réseau social phare vis-à-vis des données personnelles que lui confient ses utilisateurs. La transparence des agissements de Facebook envers les annonceurs, les documents supprimés ou conservés en cas de fermeture d’un compte ou l’état d’un compte en cas de décès est accrue. Globalement, ces principes sont réécrits, traduits dans plusieurs langues et simplifiés.

Cette clarification résulte de la fronde des utilisateurs remontant à février. A l’époque, Facebook s’était accordé tous les droits intellectuels sur tout contenu que vous postiez sur votre profil (photo, vidéo, bons mots, mails…) Face à la bronca, le réseau avait fait marche arrière. Plus tard, en avril, un groupe de discussion est né (le Facebook Site Governance, donc) destiné à exposer toute nouvelle règle juridique du site au jugement des utilisateurs. Il ne s’agit pas d’un referendum à chaque évolution de ce cadre législatif, mais d’une sorte de consultation populaire où chacun peut donner son avis.

Chaque utilisateur de Facebook devrait, au minimum, prendre connaissance de cette politique d’utilisation. Il est utile de savoir, par exemple, que Facebook peut conserver des données bancaires, transmettre des infos à la justice, vendre un «profil type» (du fan de foot, de jeux vidéo, de femme au foyer entre 30 et 40 ans…) à des annonceurs ou conserver des photos en cas de départ du site… Et les jusqu’au-boutistes s’inscriront avec les 350.000 utilisateurs qui l’ont déjà fait sur la page du Facebook Site Governance. Pour surveiller de près les tentatives du réseau de vous ficher au mieux.


Quelques points à tenir à l’œil

Facebook et vos données personnelles
C’est de là que viennent la plupart des critiques médiatiques, les frondes des utilisateurs et les craintes envers l’ogre Facebook: que fait Facebook avec notre profil et ses multiples données? Outre la gestion de la pub (voir ci-dessous), le site partage vos données avec tous les utilisateurs. A la base, ce partage est total et c’est à vous à modifier vos paramètres de confidentialité manuellement pour restreindre l’échange.

Si vous supprimez ces données
C’est là que le bât blesse le plus l’opinion: Facebook conserve toujours tout ce que vous y déposez. «Même après avoir supprimé des informations de votre profil ou avoir résilié votre compte, des copies de vos informations peuvent rester visibles à certains endroits, dans la mesure où elles ont été partagées avec d'autres utilisateurs, diffusées conformément à vos paramètres de confidentialité ou encore copiées ou enregistrées par d'autres utilisateurs». Mais ces données ne sont alors plus associées à votre nom.

Si vous quittez Facebook
Facebook offre deux options aux personnes qui veulent quitter le réseau. La première, c’est la mise en veille : votre compte est désactivé, inaccessible à vos contacts, mais conservé : «De nombreux utilisateurs désactivent leur compte temporairement et nous demandent par conséquent de conserver leurs informations jusqu'à leur retour sur Facebook. Vous pouvez à tout moment réactiver votre compte et restaurer votre profil dans sa totalité.»  La seconde, c’est la suppression pure et simple : «lorsque vous résiliez un compte, il est supprimé de façon permanente». Dans ce cas, la politique de conservation des données (ci-dessus) est de mise.

Facebook et la pub
Facebook gagne de l’argent grâce à la publicité et uniquement grâce à la publicité. Le site vend ainsi vos données aux annonceurs, dans une sorte de profil type. Le site permet aussi aux annonceurs de déposer sur votre ordinateur ou votre navigateur des cookies, des petits fichiers qui permettent de tracer votre comportement sur le web et ainsi cibler la publicité qui vous est destinée. Sur Facebook, cette publicité sera donc personnalisée selon votre profil marketing. Même si rien ne se fait sans votre consentement.

Facebook et la justice
Ca s’est déjà vu, certains utilisateurs ont perdu leur boulot ou ont été convaincus d’adultère ou de crime via Facebook. En effet, Facebook s’autorise à transmettre certaines informations à la justice, comme expliqué dans la charte : «Nous pouvons être amenés à fournir des informations suite à une assignation à comparaître ou à une injonction du tribunal si nous avons toute raison de penser que la réponse est requise par la loi.» Mais cela va plus loin : Facebook peut aussi jouer à la balance si elle vous soupçonne : «Nous pouvons également être amenés à partager des informations quand nous estimons qu'elles sont nécessaires pour empêcher la fraude ou toute autre activité illicite, pour prévenir tout préjudice corporel imminent ou protéger nos intérêts et vos intérêts». N’allez donc pas planifier un meurtre sur le réseau, ça ne serait pas malin.

Facebook et les transactions bancaires
Facebook permet parfois de payer en ligne via des services extérieurs au site. Dans ce cas, il garde vos données, sauf si vous le lui interdisez. «Nous pouvons conserver les détails des transactions ou des paiements que vous effectuez sur Facebook. Toutefois, nous garderons le numéro de compte à l'origine du paiement uniquement avec votre autorisation.»

Facebook et la mort
Facebook est souvent critiqué pour son silence aux demandes de suppression en cas de décès. Le réseau a donc mis en place une démarche pour signaler le décès d’un proche sans connaître ses accès. «Si nous sommes informés du décès d'un utilisateur, nous pouvons conserver son compte à titre commémoratif. Dans ce cas, nous limitons l'accès du profil aux amis confirmés et autorisons les amis et membres de la famille à écrire sur le mur du défunt en souvenir. Nous pouvons fermer un compte si nous en recevons la demande formelle d'un proche de l'utilisateur ou toute autre demande légale justifiée». Problème : il faut fournir une preuve de décès, mais uniquement via une adresse URL d'une page sur internet. Impossible de télécharger un faire-part par exemple, scanné et déposé sur votre ordinateur. Nous y reviendrons.

J. R.