Il se disait Rital aussi... Mais Rital, c'est plus neutre, c'est moins chargé. Ça fait moins d'effet, du coup. Et ça va moins bien avec Forlani . Forcément ! il n'y a pas la rime en i . Ça manque !Macaroni, c'est vrai que quand c'est dit par un autre que celui qui l'est, un autre qui a l'intention de blesser, c'est un mot qui peut faire mal. C'est un mot qui peut facilement devenir contondant, disons. Un de ces mots possiblement réducteurs. On ramène l'autre - l'étranger, en l'occurrence - juste à sa fonction alimentaire ; à n'être qu'un ventre. Par métonymie, on le résume, on l'assimile à l'aliment qui lui est le plus familier. On le désigne par là. L'Italien, c'est donc le Macaroni ; et l'Anglais, c'est le Rosbif ; l'Arabe, le Coucous ; l'Allemand sera Choucroute, lui, etc.

Rital, c'est moins que Macaroni mais c'est quand même plus fort, plus marqué qu'Italien . C'est plus rude, moins politiquement correct, mais c'est affectueux, dans le fond. C'est juste de l'argot. Ou même du français familier. Le Rital, c'est l'Italien de Ritalie. Et la Ritalie, c'est l'Italie de partout ; l'Italie dispersée aux quatre vents et qui nous a donné Adamo, Reggiani, Cavanna, Forlani... Et tutti quanti !

Forlani, s'il était Italien, s'il faisait l'Italien, il était et il faisait aussi l'écrivain. Écrivain de toutes sortes de choses : des chroniques, du théâtre, des romans, des scénarii comme on dit en italien... Et moi, je l'aimais bien. J'aimais le ton qu'il avait, qu'il s'était donné. J'aimais son écriture... Homme de théâtre, de cinéma, et surtout de radio, il savait comme personne qu'un texte même confié à la page, au silence du papier, sonne, résonne encore. Et il faut, pour bien faire, que son timbre soit juste. Forlani écrivait à l'oreille. Pour l'oreille. Et c'était chaleureux, vivant. C'était vif et joyeux. Comme lui. Toujours ? Non pas toujours... Mais « Toujours vif et joyeux », c'est le titre d'un de ses derniers livres - que je vous recommande -, une manière de journal, mais écrit a posteriori... C'est sa vie. « Une drôle de randonnée ! », dit-il. Et voilà, pour lui, c'est fini, n, i, nini.

Forlani aimait la langue, aimait le plaisir qu'on peut prendre avec elle - et rendre, partager ! Il aimait l'argot, les alexandrins, les mots rares, les tours menacés de disparition. Celui-ci, tenez, où le mot quel devient exceptionnellement un pronom exclamatif : c'était un écrivain. Et quel ! Autrement dit : quel écrivain c'était ! Reprenez-le, ce tour. Remettez-le en usage. La langue française vous en saura gré et ce sera, je trouve, une belle manière de lui rendre hommage, à notre feu Macaroni.