Téléphone, GSM, courriels : ces outils de communication courants peuvent devenir de redoutables fenêtres ouvertes sur notre intimité !
Q uoi de plus banal que de d'appeler un correspondant par téléphone ou GSM, ou d'envoyer un courrier électronique ? Méfiez-vous : un oeil noir vous regarde, ou plutôt, va vous regarder. Le gouvernement prépare en effet la transposition dans notre droit d'une directive européenne sur la conservation des données. En clair : l'obligation faite aux opérateurs de télécommunications et aux fournisseurs d'accès à Internet de sauvegarder toutes les données de circulation et d'utilisation des usagers.
Notre vie privée est menacée, proclament une série d'associations. Elles proposent donc sur un site Internet dédicacé ( * ) « Préserve ta vie privée » une pétition à la signature du public. Objectif : rassembler un maximum d'adhésions, pour obliger le législateur à un vrai débat sur la question. « Et surtout, ensuite, à une évaluation de la mise en oeuvre de ce texte », insiste Martine Simonis.
Pourquoi les journalistes ? Parce que leur droit à taire l'identité de leurs informateurs confidentiels est menacé. « Mais ils ne sont pas seuls : la preuve par cette coalition très large, qui rassemble des professions variées », relève la secrétaire de l'Association des Journalistes Professionnels. Les avocats, par exemple, et les médecins, qui craignent pour la préservation de leur secret professionnel.
Mais l'initiative est avant tout sociétale : la Ligue des Droits de l'Homme est de la partie. Avec son pendant flamand. Journalistes et avocats sont également représentés par association et par Ordre des Barreaux linguistique.
« Toutes les activités politiques et toute activité nécessitant légitimement une certaine confidentialité sont menacées » posent tous les intervenants.
Mais n'ont-ils donc rien à faire des objectifs de lutte contre le terrorisme, ou contre le grand banditisme, que s'est fixés la directive ? Faut-il encore d'abord s'entendre sur la notion de terroriste (cf. ci-dessous). « Et puis, de toute manière, de nombreux experts estiment que cette obligation n'apportera dans la pratique aucune garantie contre le terrorisme ou le banditisme » insistent-ils. Les résultats éventuels sont en tout cas sans commune mesure avec les risques que fait courir le texte pour toute la sphère privée.
« Et qui paiera les coûts inhérents à ces contrôles, sinon le citoyen lui-même ? » interrogent-ils. Car pour eux, pas de doute, la note sera pour vous, par une augmentation des tarifs des opérateurs et fournisseurs d'accès, si le gouvernement ne les rémunère pas pour ce service. Ou par le biais de l'impôt, si un dédommagement leur est octroyé.
Pour conjurer le danger, ils invitent donc le public à signer la pétition. Même si nous sommes nombreux à devoir être convaincus de l'importance de protéger notre vie privée. Le jour où on nous refuse un boulot pour notre orientation sexuelle, ou nos opinions philosophiques, il est un peu tard pour en prendre conscience. Or ces données-là aussi peuvent être enregistrées sur le Web.
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