Acte I. Marion souffre. Pied douloureux. Un coup direct en début de match. Elle termine la mi-temps presque en pleurs.
Acte II. Marion transfigurée à la reprise. Un remède-miracle pendant la pause ? Ou alors est-ce sa soeur jumelle ? Elle dévore le gazon, tackle, déborde, met le feu dans la défense adverse.
Acte III. Marion est remplacée ! Ça n'empêchera toutefois pas son équipe de l'emporter.
Foot féminin samedi, à Gérouville. L'équipe locale, première et invaincue, championne en titre, reçoit Vaux-Noville, deuxième. Cette affiche de première provinciale a attiré une quarantaine de spectateurs dans la cuvette (et la buvette) gérouvilloise.
Des jeunes, des plus vieux, des hommes, des femmes et parmi eux, un pote à Marion sans doute. Un intime peut-être. Volontiers entraîneur dans l'âme : « Te laisse pas faire, Marion ! Mets le pied.
Allez à la tête ! N'hésitez pas à pousser ! » Ah, l'importance des duels ! Tous les entraîneurs vous le diront. Chez ces dames aussi, qui n'hésitent pas à s'engager, même si l'intensité est forcément moindre que dans les rencontres masculines.
Mais que vaut vraiment ce foot féminin dans nos séries provinciales ? Une parodie de rencontre entre vingt-deux adeptes du pousse-ballon, comme certains l'affirment ? Ou un niveau qui mérite autant d'attention que celle accordée à ces messieurs.
Comme souvent, la vérité se situe à mi-chemin. Bien sûr, inutile d'y espérer des chevauchées dignes de la Brésilienne Marta, n° 1 mondiale. Ou des actions du même niveau qu'Aline Zeler, l'internationale bastognarde. Mais quand même...
12 de 18 ans ou moins
15 h 50. L'échauffement se termine. Par des frappes au but essentiellement. De l'application, mais peu d'envois cadrés. 16 h, coup d'envoi. Le sérieux est de mise. Premiers échanges et coup d'oeil sur les schémas tactiques. Difficile à préciser.
On n'est certes pas en préminimes, mais la concentration de joueuses autour du ballon reste importante.
Lamoyenne d'âge est relativement peu élevée (12 joueuses de 18 ans au moins sur la feuille), ceci expliquant peut-être cela. Seule exception : Bénédicte Eppe, 37 ans et valeureuse capitaine de Gérouville.
Marquage strict pour l'essentiel. « Prends la 2, je prends la 4. » Tellement strict que ça dérape parfois. Sur un corner, l'arbitre doit rappeler à l'ordre deux joueuses qui imitent un peu trop les pros.
Physiquement, le niveau n'est pas mauvais. C'est sur le plan technique que le bât blesse. Dans un match serré comme celui-là, difficile d'espérer plus de cinq passes consécutives. D'autant que certaines, craignant sans doute l'erreur technique, hésitent à se démarquer. Coups de pied de but et rentrées en touche posent problème. « Cinq à dix mauvaises rentrées sur un match, ça arrive souvent, confie une joueuse. Pour les coups de pied de but, ça ne va pas loin. C'est simple : ils sont confiés à celle de la ligne arrière qui a la plus grosse frappe. » Quelques individualités se détachent. Numéro 5 jaune, Tiphaine Abels (lointaine cousine à Jean-Marie peut-être), l'une des rares à décrocher pour venir chercher les ballons. Numéro 10 de Vaux, pied gauche puissant, sorte de Källström au féminin. Numéro 4 aussi, Maurine Gaspard, version féminine du box-to-box . Et puis Line Paulin, joker de luxe des championnes. Profil, disons, râblé. Courte sur patte, mais véloce. Tellement d'ailleurs qu'elle prend plusieurs fois la défense novilloise de vitesse et inscrit les deux buts de la partie.
Gérouville l'emporte, logiquement. Malgré une première période très moyenne, qui a fait bondir sa déléguée à plusieurs reprises. L'heure est aux réjouissances. Cris de victoire, casier de Jup', sponsor de la Fédé oblige. Cigarettes aussi. Quand on vous dit que ça ressemble aux matches masculins.