En 2015, on fêtera le bicentenaire de la bataille de Waterloo. Une célébration qui aura coûté à la Région wallonne la somme hallucinante de 43 millions d'euros. Le coup de fusil, baïonnette en prime.

Dix millions ont déjà été dépensés pour des acquisitions de terrains et de bâtiments. Durant les cinq prochaines années, 33 millions seront engloutis : 10 millions par le Commissariat général au tourisme, pilote du dossier, 3,5 millions par les Travaux publics (rénovation de routes aux alentours du site, parkings) et 20 millions via un financement alternatif encore à déterminer. De ces 33 millions, pas moins de 10 millions seront consacrés à la scénographie du nouveau mémorial (enterré pour ne pas gêner le panorama, ce qui coûte évidemment plus cher) dont un million rien que pour les auteurs de la scénographie, la société Tempora et Franco Dragone.

Paul Furlan, le nouveau ministre en charge du Tourisme, a négocié pour essayer de lisser les dépenses et les répartir.

Sans quoi, le seul projet « Waterloo 1815 » aurait engouffré un quart de son budget tourisme tous les ans durant les cinq prochaines années. Surréaliste, à un moment où le gouvernement essaie de couper les robinets un peu partout, de débourser de tels montants. Surtout pour fêter les 200 ans d'une bataille perdue, ironisent certains.

Et tout ça pour quoi et surtout pour quelles retombées ? Certes, Waterloo est une vitrine du tourisme wallon. 350 000 à 400 000 visiteurs se rendent chaque année sur le fameux champ de bataille au pied du célèbre lion. Mais peut-on réellement attendre des retombées économiques pour la région qui justifieraient pareille dépense élyséenne ? À voir : les projections actuelles estiment que Culturespace, la société française qui gère le site pour la Région wallonne pourrait voir son chiffre d'affaires grimper à 5 millions d'euros annuels. La Région table sur le nouvel Horeca et la création de magasins, ainsi que sur la fréquentation du nouveau centre d'interprétation de la bataille pour booster les rentrées. Rayon emploi, en revanche, ça reste toujours très flou. Mais il ne faudra pas s'attendre à une explosion de création de jobs.

Gare aux dédits

Mais comment en est-on arrivé à une dépense aussi folle ? Lorsqu'il était ministre wallon, Serge Kubla avait proposé au gouvernement de financer la restauration du site historique et la création d'un nouveau mémorial. À l'époque le projet restait très vague. De manière intentionnelle, disent certains perfidement. « Les décisions de principes ont été noyées à gauche et à droite », explique une source.

Benoît Lutgen a alors repris le dossier lors de la précédente législature. Les conventions ont été signées, les appels d'offres lancés, les auteurs de projets désignés. Et aujourd'hui que toutes les décisions sont prises, il est temps pour la Région de casser sa tirelire. Sans garantie de réel return. Et avec peu de marge de manoeuvre pour revoir les ambitions à la baisse sans risquer de devoir payer de lourds dédits à tous les opérateurs déjà engagés dans le projet.

C'est sûr, la bataille de Waterloo n'est sans doute pas finie...

SERGE KUBLA: « Le Conseil d'État est responsable »

Serge Kubla, vous êtes bourgmestre de Waterloo. Vous avez lancé le projet Waterloo 1815 quand vous étiez ministre wallon du Tourisme. Certains disent que vous n'avez pas tout dit sur les coûts...

Le budget était clair  : 10 millions pour les constructions, 10 millions pour la scénographie et 5 millions pour le rachat de terrains. 25 millions. Ça me paraissait correct pour un site qui est une vraie porte d'entrée touristique pour la Wallonie. J'ai d'ailleurs toujours félicité mon successeur, Benoît Lutgen d'avoir maintenu le cap.

Aujourd'hui, on en est à 43 millions, c'est énorme...

Oui, ça me donne le tournis. Mais le dérapage est en partie dû à la décision du Conseil d'État qui a cassé le premier permis, simplement parce que le magistrat était un féru de Napoléon et qu'il jugeait de manière absurde que le projet allait dénaturer le site. Résultat  : on a dû refaire d'autres parkings plus loin et refaire d'autres aménagements. Sans ça, on n'en serait sans doute pas là...

Vous pensez qu'il faut réduire la voilure  ?

Je suis prêt à entendre qu'il faut diminuer les coûts. Mais qu'on ne touche pas à la scénographie de Franco Dragone. C'est le coeur du projet. C'est de la réussite du nouveau mémorial que dépend la réussite du projet. Et c'est ça qui fera de Waterloo un lieu encore plus réputé dans le monde qu'il ne l'est. Grâce à cela, on pourrait passer la barre des 500 000 visiteurs par an.

Pour le reste, on peut voir. Mais il est clair qu'on ne peut pas faire marche arrière et tout arrêter.M. Dum.