Et une chanson, elle réagit aussi à l'air du temps. Elle est portée par lui. Elle le reflète, elle le décrit.

Celle-là en particulier : « Nathalie ». En 1964, on est en pleine guerre froide. Enfin, non !... le pire est passé. Ça a commencé à Cuba, avec Castro qui rafle définitivement la mise à Batista en 59. Cuba devient rouge, ce qui fait bisquer les Etats-Unis. Le ton monte ; et c'est l'escalade, la crise des missiles, les menaces, le jeu dangereux du « retenez-moi ou je fais un malheur »...

Là, le monde, tout le monde a eu chaud. On l'a échappé belle.

Alors, après cet épisode pour le moins fâcheux, inquiétant, terrifiant même, on chercha à calmer l'ambiance, le climat. On installa d'abord une ligne de communication directe entre les deux Grands (le fameux téléphone rouge). Pour qu'ils puissent se parler, s'expliquer - directement - en cas de litige, de dispute !

Songez un peu qu'au pire moment de la crise, ils pouvaient se canarder l'un et l'autre à coups de missiles à tête nucléaire mais leurs échanges verbaux, eux, avaient lieu par la poste, au moyen de la bonne vieille lettre de papier.

On fit aussi des chansons... Comme cette « Nathalie », qui parie sur la jeunesse, l'intelligence. « Nathalie », c'est le programme Erasmus avant l'heure. Plus large que Schengen. Allant jusqu'à l'Oural ! Des étudiants se rencontrent, se parlent, apprennent à se connaître. Dans tous les sens du terme ! Nathalie, elle est guide à Moscou.

Et elle a tapé dans l'oeil de l'étudiant parigot qui dit je dans la chanson. Chanson où défilent tous les grands moments de la Russie soviétique , tous les tableaux les plus classiques : la Révolution d'Octobre, la place Rouge, le tombeau de Lénine, les plaines d'Ukraine et... et, à Moscou, au coin de la Place Rouge, le café Pouchkine, grand spécialiste en chocolat.

Or c'était une invention de Delanoë, le parolier de la chanson, ce café Pouchkine - pure fantaisie !

Mais voilà : la chanson eut un tel succès, marqua tant les coeurs et les esprits, qu'après ça les touristes, en visite à Moscou, voulurent s'y rendre, à ce café. La ville de Moscou fit donc ce qui s'imposait : un café nommé Pouchkine. Ayant pour spécialité le chocolat.

On voit par là qu'il n'y a pas que le marxisme (léninisme) qui peut transformer le monde ; il y a aussi la chanson ! Moscou, sa Place Rouge, elle a un peu pris la figure que lui a donnée « Nathalie ».

Au fait, vous savez pourquoi elle s'appelle Nathalie, l'héroïne de la chanson ?

C'est une évocation, une réplique même, de l'histoire vraie de l'écrivain Céline : dans le récit de son voyage en URSS en 36, la guide dont il a le béguin s'appelle Nathalie.