Il traverse toutes les tempêtes et se relève de chaque scandale. Mais cette fois, l'heure de vérité va peut-être sonner pour l'inoxydable Berlusconi. Ce mardi, la Cour constitutionnelle se penche sur la conformité de la loi Alfano, du nom du ministre de la Justice qui l'avait proposée. Cette loi, adoptée en juillet 2008, juste six semaines après son retour au pouvoir, confère une immunité pénale aux quatre plus hautes fonctions de l'État (président, président du Conseil, président du Sénat et de la Chambre) pendant la durée de leur mandat.

En vertu de cette législation cousue sur mesure pour le Cavaliere, toutes les poursuites judiciaires le visant sont suspendues pendant les 5 ans de sa présidence. Si les quinze magistrats devaient juger la loi non conforme à la Constitution, elles seraient par contre débloquées. Un scénario catastrophe pour celui qui bénéficie depuis longtemps d'une culture de l'impunité.

Fraude fiscale, falsification de bilans, promotions canapé, affaires de moeurs... on ne compte plus les casseroles que traîne Berlusconi. Ces deniers mois, ce sont ses frasques sexuelles qui font la Une. Des fêtes licencieuses dans sa villa de Sardaigne aux chaudes soirées à son domicile romain, en passant par les confessions piquantes d'une escort-girl, son nom est mêlé aux cancans les plus sordides.

Chaque jour depuis mai, La Republica publie ainsi 10 questions, désormais fameuses, pour forcer le président du Conseil à s'expliquer sur ses liens avec Noemi, une jeune Napolitaine d'à peine 18 ans, à l'origine de la demande de divorce de son épouse Veronica et qu'il aurait fréquentée alors qu'elle était mineure. « Papounet » refuse obstinément de s'expliquer.

Le Noemigate n'est pas le seul caillou dans la chaussure du Cavaliere. Et ce n'est pas le plus embarrassant. Silvio Berlusconi risque bien plus gros dans l'affaire Mills, de nom de son avocat britannique condamné à quatre ans et demi de prison pour faux témoignages à son profit et celui de son groupe Fininvest.

Si la loi Alfano saute, Berlusconi se retrouverait sur le banc des accusés. Dans cette affaire, le président du Conseil est accusé d'avoir versé 600 000 euros à David Mills, en contrepartie de faux témoignages et de destruction de documents lui portant préjudice dans deux procès remontant aux années '90.

La riposte est prête

Il pourrait aussi être inquiété dans l'affaire Mondadori. Hier, un juge milanais a estimé que le chef du gouvernement italien est « coresponsable dans l'affaire de corruption » qui a entaché dans les années 1990 sa reprise de l'éditeur Mondadori. « Il n'est absolument pas pensable qu'un virement » de près de 3 millions de dollars effectué par la Fininvest pour acheter des verdicts favorables, « ait pu être décidé ou effectué sans que le représentant légal », donc Silvio Berlusconi, « le sache et l'accepte », a tranché le juge Mesiano. Condamnée à verser 750 millions de dommages et intérêts à son concurrent, la Fininvest, ira en appel.

Berlusconi est en conflit récurrent avec les juges, mais cela ne préjuge en rien de la décision des 15 hauts magistrats. « On ne sait pas qui votera oui et qui votera non. Une majorité peut aussi décider qu'uniquement certains articles de la loi sont contraires à la Constitution », commente un porte-parole de la Cour. Son verdict pourrait intervenir dès ce mardi, mercredi ou être renvoyé à deux semaines.

Quel qu'il soit, comme l'explique l'hebdomadaire Panorama, le camp Berlusconi a d'ores et déjà prévu la riposte en cas d'abrogation de la loi : « On changerait de ministre et on réécrirait une loi tenant compte des remarques de la Cour. »