Namur : pas de canette pour l'abbé Malherbe
Les Fêtes de Wallonie avaient mal commencé, s'agissant des relations entre « stars » et public. Jeudi, c'est le « chanteur » français Sliimy et sa pop gentiment sucrée qui se faisait tout aussi gentiment remballer après 20 minutes de concert sur la place Saint-Aubain. Le samedi, c'est Sheryfa Luna qui subissait le même sort : jet de canettes et quolibets, et arrêt de la prestation après une petite demi-heure également.
La fête de l'humainL'abbé Malherbe, qui ne passe pourtant sur aucune radio ni n'a de partenaire publicitaire officiel, a convaincu son public et n'a pas été forcé de quitter la scène avant la fin de l'office, ce lundi matin. Pour cause : la messe en wallon, ce grand rassemblement pieux tout autant que folklorique, fait église comble à chaque fois. On s'y presse, que l'on soit politique (au premier rang), du comité central des Fêtes de Wallonie (au premier rang également mais latéral, avec le pendentif officiel), ou des Namurois (aux rangs juste après les premiers, donc, et sans pendentif). L'événement, puisque c'en est un, rappelle combien les « Fiesses di Wallonie », au-delà de leur aspect festif, peuvent aussi embrasser certains idéaux humanistes.
Malherbe après l'Abbey RoadEt s'il en est un qui se fait champion de ces idéaux-là, c'est lui. « L'abbé », comme ils disent place du Marché aux Légumes, les paroissiens de l'homme d'église comme les autres. C'est que l'abbé Malherbe est, ne lui en déplaise, une grande voix namuroise. Qui, au-delà de l'humour obligé de la messe en wallon, fait passer ses messages comme une lettre à la poste.
L'humour est toujours là. L'abbé embrasse cette année les nouvelles technologies dans son préambule. Le prêche serait désormais disponible sur votre GSM. Tapez 1 pour l'avoir en français, dit-il. Tapez 2 pour la version flamande « même si je n'ai jamais été en immersion ».
Tapez 3 pour tout ce qui a été écrit mais qui ne sera pas forcément dit à l'office. Tapez 4 : « Et bon courage... » Puis vient le fond. Les pauvres. Les laissés-pour compte, formule d'autant choc dès lors que l'on sait comment les banques virent les clients plus faibles.
L'abbé Malherbe n'est par un publicitaire, mais il a le sens de la formule. « Quand une babiole de Yves-Saint-Laurent ou de Pierre Berger est vendue 7 millions d'€ au Grand Palais de Paris, je n'entends personne moufter. Idem pour les montants de transferts du Real Madrid. Alors les politiciens, les banquiers, les économistes sont responsables de la crise, mais c'est nous les premiers responsables car nous avons laissé faire. » Dans ces jours de fêtes, les minutes se font réflexion intime sinon graves. « Les folies de ce monde sont les nôtres. Notre terre est malade de l'homme. Et l'homme, ce n'est pas l'autre, c'est nous tous. »
« Question de bon sens »Dans cette église Saint-Jean bon enfant, dans ce lieu-temple inédit de la démocratie wallonne et où aucun membre de l'opposition ne pourrait prendre la parole, Pol Malherbe rappelle et appelle. Au bon sens. « Soit nous choisissons d'avoir plus, sans toujours savoir pourquoi, soit nous acceptons d'avoir moins. » Le message est passé, en douceur et tendresse. L'office se termine par la Brabançonne, hommage à la nation, et par un vibrant Li Bia Bouquet, signe de respect à la nation-ville.
Puis des applaudissements. Nourris. Chaleureux. Généreux. Spontanés. Mais il n'y aura pas de rappel de la part de Pol Malherbe. Cela étant, ni Sliimy ni Sheryfa Luna n'en ont eu l'occasion...