En 2004, la clinique Sainte-Élisabeth se dotait d'un quatrième accélérateur de particules pour traiter le cancer. Notre collègue Philippe Berger avait couvert le reportage d'inauguration de ce nouvel outil et donc rencontré le docteur Émile Salamon, chef du service de radiothérapie : «Vous ne vous en souvenez sûrement pas, raconte notre photographe au médecin, mais pendant la visite vous m'aviez pris par le menton et me disant toi t'as une tête de Berger... Est-ce que ton père n'est pas mort d'un cancer du colon? « C'était juste. Monsieur Salamon m'a conseillé d'aller faire une coloscopie. Parce que, m'a-t-il expliqué à l'époque, il y a un facteur hériditaire dans ce cancer. Et de fait, on m'a décelé et enlevé trois polypes, qui auraient pu se développer en tumeur. Il m'a un peu sauvé la vie. Mais il en a sauvé beaucoup d'autres... » Cette évidence est déjà plus que ne peut souffrir la modestie chronique de M. Salamon, qui change de sujet : « C'est vrai que la prévention, le dépistage, ce sont les deux premières armes contre le cancer. » Depuis 1972, Émile Salamon le combat à Sainte-Élisabeth, développant le service, d'oncologie, de radiothérapie et de médecine nucléaire : «Avant, raconte-t-il, on le traitait avec le cobalt. C'était bien, mais la véritable évolution allait arriver avec le premier accélérateur, chez nous, en 1978. » En 1977 déjà, Sainte-Élisabeth avait acquis le premier scanner de la province de Namur, et aura également par la suite la première résonance magnétique... La clinique sera encore pionnière en Wallonie passant à la tomothérapie en 2006. « Posséder jusqu'à quatre accélérateurs de particules, c'est unique. Sans cette politique d'investissements menée par la clinique, nous n'aurions jamais pu développer un tel service et devenir un véritable pôle d'excellence. Mais plus que tout, ma chance a été de rencontrer les bonnes personnes. Quand j'ai démarré dans le service, j'avais une infirmière, une secrétaire et un medécin physicien, tous les trois formidables. Sans des gens de cette qualité, on n'en serait pas arrivés là où on en est aujourd'hui. » Le service de cancérologie de Sainte-Élisabeth est devenu une référence belge, qualitativement et quantitativement : 120 personnnes en moyenne par jour y sont sont traitées aux rayons.

« Les patients m'ont tout donné »

Les patients : ce sont eux qui reviennent sans cesse à la bouche du docteur Salamon. Il leur doit, dit-il, d'avoir tenu bon même au plus dur de sa carrière. Et notamment d'avoir tenu bon malgré de gros conflits en interne : «Les patients m'ont tout donné. Sans eux, je n'aurais jamais eu la force de continuer. » Il pense à ceux qu'il a soignés avec succès, bien sûr, et dont il conserve les lettres et les souvenirs de remerciements. « Mais ceux que vous n'oubliez jamais, ce sont ceux que vous accompagnez jusqu'au bout, jusqu'à la fin. Ça, ça vous casse. » L'homme incarne, osons le mot, ce que la médecine comprend de plus beau à notre sens : science, sensibilité et humanisme. Avec une bonne dose d'humour dans cet humanisme. Ainsi, nous expliquant comment il occupe sa vie de jeune pensionné (à 67 ans, en décembre 2008), outre ses enfants et petits-enfants, il nous montre sa dernière lecture : « L'animal est-il une personne ? » de Yves Christen : « C'est passionnant de se rendre compte que les animaux ont sans doute une conscience. Et ça me torture beaucoup, quand je repense à toutes ces grenouilles que j'ai disséquées à l'époque des mes éudes, sans état d'âme... »