Le témoignage d'un Tournaisien présent samedi sur les quais de la gare, vers 10 h, en dit long sur l'état d'esprit des navetteurs après les faits : « Nous sommes restés là, sans oser bouger, médusés par de tels actes de violences gratuites. La police a dû intervenir avec un renfort supplémentaire étant donné la violence de ces jeunes ». Le comportement des quatre violents, des jeunes gens originaires de la région de Charleroi, âgés de 20 à 23 ans et qui revenaient d'une nuit passée à la discothèque La Bush, dépasse en effet l'entendement.

À l'origine de faits : une remarque formulée par un conducteur de train à l'adresse des quatre jeunes gens ; ceux-ci traversaient de manière imprudente les voies de chemin de fer. Étant donné la réaction agressive des individus, un accompagnateur est venu prêter main-forte au conducteur, ce qui n'a pas eu le don de calmer la bande de jeunes : les deux employés de la SNCB ont été bousculés et frappés. Dans la foulée, un sous-chef présent sur les lieux a subi à son tour des coups.

Très impressionné par la scène, notre témoin s'excuserait presque de ne pas avoir réagi pour mettre fin à la scène. Mais face à de tels fous furieux, chacun a fait ce qu'il a pu pour se mettre à l'abri, hors de leur portée. « Ils ont fait éclater littéralement le walkie-talkie du sous-chef de gare en le projetant contre les rails. Et après, ils ont envoyé une pluie de pierres ramassées entre les voies en direction des trois hommes. Comme si ce n'était pas assez après ça, ils ont commencé à briser une à une les vitres des abris sur les quais avec les mêmes pierres, ou directement avec le poing nu ! »

Libérés, sous conditions

Entre-temps, des agents de police de Tournai étaient arrivés sur place, rejoints par des collègues. Ce n'était pas un luxe au vu de l'état de surexcitation des individus, clairement sous l'emprise de boissons alcoolisées voire de substances stupéfiantes. « On se demande quand même pourquoi, dans une grande gare, il n'y a pas de service de sécurité en permanence », estime notre témoin. Celui-ci ne savait pas encore que, samedi en fin de journée, le juge d'instruction Marchandise déciderait de laisser en liberté les quatre violents sous certaines conditions.

On imagine qu'une de ces conditions stipule qu'ils ne peuvent plus mettre les pieds dans la gare de Tournai. L'émotion y était en effet très vive ce week-end. « Même si on est relativement épargnés par la violence en comparaison avec d'autres gares, on a l'habitude de gérer certains conflits ou situations tendues. Mais ici, il n'y avait rien à faire : pas moyen de leur faire entendre quoi que ce soit », explique un employé de la gare, témoin des faits. Les trois collègues, blessés sans trop de gravité heureusement, sont en incapacité de travail. « C'est surtout moralement que c'est difficile. Un des collègues, tout jeune, est très choqué par cette violence gratuite dont il a été la cible ». Au Buffet de la gare, on se souviendra aussi très longtemps du passage de ces sauvages. Comme le serveur n'avait accepté de servir qu'une seule bière aux tristes fêtards, déjà largement imbibés d'alcool, ceux-ci ont renversé une bonne partie du mobilier en guise de représailles.