La grippe A / H1N1 pourrait faire de 2 100 à 6 800 morts supplémentaires.

Cette triste et pénible réalité, la Région wallonne vient de la rappeler aux communes dans une lettre datée du 27 juillet.

Le courrier émane du très sérieux Centre de crise régional, sous la plume de son coordinateur Paul Dewil.

Jusque 6800 morts

Les chiffres avancés ne découlent pas des prévisions de Madame Soleil mais bien d'un calcul au demeurant fort simple, détaillé dans la note.

Prenez la population totale de la Région wallonne, soit 3,5 millions d'habitants à la grosse louche. Considérez qu'environ 35 % de la population pourrait être affectée cet hiver par le virus de la grippe AH1N1, soit 1 225 000 Wallons. Tenez compte du taux de mortalité constaté actuellement, soit 0,35 % des malades. Et vous obtenez le chiffre de 4 300 morts environ.

En réalité, la fourchette oscillerait entre 2 100 et 6 800 morts, selon que l'on se base sur des scénarios optimistes ou pessimistes.

Encore heureux, comme le signale le directeur du centre régional de crise Paul Dewil dans son courrier, que la virulence de l'agent responsable de l'épidémie est considéré comme faible...

Mesures préventives

Fort de cette implacable démonstration, le centre régional de crise recommande aux communes de prendre les devants sur le plan des funérailles et des sépultures.

« Une conséquence est à craindre : c'est celle du fonctionnement de notre système de funérailles et sépultures. Vous conviendrez sans peine, écrit Paul Dewil dans une formulation pour le moins ampoulée, qu'en de pareilles circonstances, le moins est que tout soit fait pour éviter aux familles endeuillées les désagréments d'un « engorgement » de ce secteur ». Lors des pics de décès, les files d'attente s'allongent devant les fours crématoires et certaines communes sont confrontées à une pénurie de places dans les cimetières. Dès lors, le centre de crise régional assortit son courrier de recommandations. La Région wallonne suggère aux pouvoirs locaux de :

- réaliser un cadastre des emplacements disponibles, pour les cercueils et les urnes ;

- anticiper l'aménagement d'emplacements d'inhumation en prévision de la période hivernale (autrement dit de creuser des trous...)

- créer un ossuaire là où il n'en existe pas encore pour recueillir les dépouilles provenant des emplacements désaffectés.

Discours catastrophique ?

Utile ou déplacé, ce courrier ? Chacun se fera sa religion. À Gembloux, où se déroulait, mercredi soir, un conseil communal, les avis n'étaient pas positifs. Comme le résumait l'échevine de la santé Monique Dewil à la sortie du conseil communal, le risque est que ce genre de discours catastrophique risque d'alimenter la psychose, en dépit des intentions louables de son auteur.

Par ailleurs, la mise en place de mesures préventives en particulier le creusement de fosses supplémentaires risque d'avoir le même effet.

« On aurait tort d'agiter le spectre de la grippe de 1918 ou de tenir des discours catastrophiques, commentait l'échevine. À l'époque, la population était fragilisée par les privations et l'on ne disposait pas de médicaments efficaces comme aujourd'hui. La panique n'est pas de mise : mieux vaut rappeler que la grippe se soigne et que le premier réflexe est de s'adresser à son médecin généraliste ».


«On ne peut pas reprocher aux autorités de vouloir bien se préparer»

Daniel Reynders; vous êtes virologue. Entre la grippe classique et la grippe A / H1N1, quelle est la plus dangereuse ?

En terme de propagation, c'est , pour l'instant, la grippe A / H1N1. Tout le monde peut l'attraper. Il n'existe pas encore de vaccin et personne n'est immunisé, contrairement à la grippe saisonnière classique, à laquelle la population est confrontée chaque année.

Cela revient-il à dire que la grippe A / H1N1 se propage plus vite que la grippe classique?

Pour l'heure, d'après les données en notre possession, il semble que le virus de la grippe A / H1N1 se transmette un peu plus facilement que celui de la grippe classique. Pour les raisons qui précèdent, c'est vrai, mais aussi à cause de spécificités liée au virus en lui-même.

Et en terme de taux de mortalité, quelle est la grippe la plus dangereuse  ? La classique ou la A / H1N1?

Pour la grippe classique, le taux de mortalité est de un décès pour mille personnes l'ayant contractée (NDLR  : soit environ 1000 décès chaque année). En ce qui concerne la grippe A / H1N1, ce taux pourrait être similaire ou légèrement inférieur à un décès pour mille, du moins suivant les estimations actuelles. Il faut rester prudent  : tous les cas ne sont certainement pas quantifiés.

Ce taux de mortalité de la grippe A / H1N1 risque-t-il de grimper en hiver, lors du pic?

Difficile, à ce stade, de faire des projections. C'est d'ailleurs pour cette raison que nous continuons à surveiller aussi attentivement le virus. Il faut vérifier qu'il reste bien dans le profil qu'on lui connaît actuellement.

Le nombre de décès liés à la grippe classique va-t-il s'additionner au nombre de décès liés à la grippe A / H1N1?

Cela pourrait arriver. La complication vient du fait qu'il est très difficile de savoir ce qui va se passer quand les deux virus circuleront ensemble. On a bien l'exemple de l'Amérique latine, où le virus de la grippe A / H1N1 tend à écraser le virus classique. Mais les données ne sont pas encore suffisantes pour pouvoir faire des projections plus solides. D'autre part, rien ne dit que les deux virus - classique et A / H1N1 - auront leur pic en même temps. Ils pourraient très bien l'avoir de façon décalée. Tout est possible.

La lettre envoyée aux communes wallonnes par le Centre régional de crise parle d'un taux de mortalité de 0,3 à 0,4%, et d'un nombre de morts pouvant aller jusqu'à 6 800 personnes...

C'est le scénario le plus pessimiste. En terme de planification, il me semble normal que les autorités examinent leur capacité de réaction à une situation correspondant au pire. Cela dit, pour l'heure, le profil actuel du virus ne correspond pas à ce modèle pessimiste.

Dans cette lettre, il est demandé aux professionnels du secteur des funérailles et aux communes de prendre leurs dispositions. N'est-ce pas aller trop loin?

Ce n'est pas une mauvaise chose que d'attirer leur attention. Ce qui est dit dans ce courrier n'est pas faux. Peut-être aurait-on dû un peu le pondérer. Mais on ne peut pas reprocher aux autorités de vouloir bien se préparer. Regardez ce qui s'est passé en France, lors de la canicule  : on a vraiment eu l'impression qu'elles étaient prises au dépourvu devant des conséquences qu'elles n'avaient jamais imaginées (NDLR  : le nombre élevé de morts, et l'incapacité à faire face à cette situation rapidement).

Y. R.