Dans le peloton des Picardes, tout le monde connaît Luc Detournay. La moustache grise au vent, il prend souvent généreusement la tête du groupe des « rouges » antoigniens. C'est du bonheur qu'il vient chercher chaque week-end sur la bicyclette. Sérieusement frappé par la maladie, Luc a également trouvé dans le vélo une forme de thérapie.

Luc Detournay a été frappé par un premier cancer voici une dizaine d'années. Avec Jean Cornu, le tenancier de La Terrasse, il s'était mis à la marche. Peu après, dans la roue d'un ami, il est venu grossir les rangs du CT Antoing.

« Chacun se cherche un binôme »

Et il y a très vite trouvé sa place. Rapidement, il allonge les distances. Il se montre même un peu excessif lors de sa première longue randonnée : « J'étais parti pour un deux cents kilomètres. J'ai suivi les flèches avec beaucoup d'attention, mais je me suis à un certain moment retrouvé sur un... autre circuit. » Quand, le soir, un peu plus tard que prévu, Luc rentre au bercail, son compteur affiche... 325 km. Il s'en amuse encore beaucoup aujourd'hui avec ses amis du club.

La maladie s'acharne contre Luc qui est, à nouveau, contraint d'arpenter les couloirs des hôpitaux au lieu de sillonner les routes de nos régions. Contre mauvaise fortune, il affiche bon coeur. Et il lutte, subissant de lourdes greffes conjuguées à des traitements accablants. Toujours, il garde la tête haute et, dès que la chose est possible, il remonte sur le vélo.

Dans son combat contre le mal insidieux, il s'est trouvé une compagne fidèle et a constitué un couple qui ne vit que sur la bicyclette. De longue date, Carine Dumoulin a choisi d'épouser la roue de Luc. « Chacun dans son club se cherche un binôme, explique Michel Garson, le dynamique secrétaire du CTA. Dans ce cas précis, Luc s'est trouvé Carine. »

« Bénévole extraordinaire »

Leurs rythmes se marient harmonieusement. « Pas de conflits entre nous, souligne Carine. Ma vitesse, je la module en fonction de lui et inversement. » C'est d'autant plus aisé que Carine et Luc partagent une même vision du cyclotourisme. Il n'y a ni chez l'un ni chez l'autre de culte de la performance. « Nous aimons pratiquer le vélo pour faire du tourisme. On n'a pas le nez rivé sur la route... Tenez, ce matin, nous avons rencontré deux chevreuils. Les autres membres du club ne les ont même pas vus... » Sur les routes qui les mènent tantôt à Bredene, tantôt à Maroilles (leurs favoris), ils prennent le temps de s'arrêter pour prendre une photo ou pour une petite dégustation d'un produit local, ce que l'on appelle « se faire une chapelle ». Parmi les randonnées de prédilection de Luc et de Carine figurent également les Picardes. « Quand je peux, je les fais toutes, confie Luc. J'y trouve un formidable esprit. Vous savez, le vélo, c'est plus qu'un loisir commun. Si je reste à la maison, je rumine. Si je roule, j'oublie la douleur et ma maladie. Plutôt que de me ronger chez moi, pensez bien que je me réjouis de rencontrer, semaine après semaine, des gens différents ou les mêmes amis sur les randonnées de l'Entente. » Et souvent, Luc qui a été plusieurs fois super-Picards reste en... route.

Apprécié de tous, il constitue aussi un précieux allié pour le CT Antoing : « C'est un bénévole extraordinaire, souligne Michel Garson. Chaque fois que l'on organise quelque chose il est présent pour nous aider. C'est aussi derrière le bar mais pour... faire la vaisselle. » Carine loue aussi la précieuse assistance que Luc lui prodigue en cas de... crevaison.

Si aucun d'entre eux ne veut encore l'avouer, il semble bien que le tandem cogite une plus longue distance. Un Tour de Belgique, peut-être.