Depuis trente ans, en Mallonie règne le Parti du Progrès, la médiocratie et un chômage à 20%. Le président Carmello, d'origine immigrée, est flanqué du ministre Bedon. Ce dernier apparaît souvent ivre en pblic, ce qui amuse énormément les Mallons.

Le jeune et idéaliste Alberto Monzales, fils de réfugiés espagnols, s'engage au Parti du Progrès, une fois son diplôme en poche. Il va croiser la route de Jean-Claude Bonpère, bourgmestre de la capitale de Mallonie. Toute ressemblance avec l'histoire d'une région et d'un parti bien connus n'est évidemment pas fortuite.

Fred Degelas se paie son premier roman sous le titre «La Mallonie». Et il le sort pile un mois avant les élections. Pour lui, il s'agit d'un roman comique et ironique. Il l'a écrit comme on fait une thérapie. «Mon premier but, c'est la rigolade. Car le plus important reste de pouvoir rire de nous-mêmes.»

Fred Degelas s'est largement inspiré du jeune naïf qu'il étaitlui-même en sortant de ses études de sciences politiques. De ce qu'il a pu découvrir lorsqu'il a travaillé par la suite à l'AWIPH, l'agence walonne pour la personne handicapée. «J'ai travaillé comme fonctionnaire. Je connais. C'est du vécu», dit-il. «Au départ, j'estimais vivre dans un pays de cocagne. J'idéalisais mon pays et sa démocratie. J'ai découvert qu'il y avait une marge.»

L'épouse de l'auteur, échevine des travaux à Ecausinnes, l'a également largement inspiré. «Ce qu'elle vit d'incroyable me donne parfois l'impression qu'elle est fort seule», note Fred Degelas.

À travers ce livre, c'est surtout un cri de révolte contre le clientélisme qui passe. L'auteur de «La Mallonie» l'accorde. «Celui qui fait la démarche d'aller voir quelqu'un pour avoir quelque chose se met dans une situation épouvantable, explique Fred Degelas. C'est un retour à une forme de féodalité où l'on se soumet au baron local. Car la personne n'est plus totalement libre de voter pour qui elle veut dans l'isoloir à cause de ces petits avantages personnels.»

L'auteur se défend d'avoir taillé au cutter un livre anti-PS ou anti-système. «Au contraire, s'insurge Fred Degelas. C'est une manière de dire que la démocratie est une flamme qu'il faut protéger. Je me demande parfois si les gens y sont un tout petit peu attentifs et vigilants.»

C'est pourtant une histoire très acide que l'auteur déroule. Une affaire de salle de bain 5 étoiles installée au sein de l'administration. Un mandataire qui pratique le harcèlement sexuel ou se noie dans le champagne. Ce genre de choses un peu lamentables et pas forcément imaginaires. «La Mallonie n'existe pas. Mais la tendance médiocratique est bien présente en Wallonie», reconnaît Fred Degelas. On entend déjà des dents grincer.

La Mallonie, Fred Degelas, éd. Zig-zag, 277 pages, 19 euros