Quarante-huit heures au Congo, ça vous marque un homme. Rudy Demotte l'a constaté cette semaine en allant visiter sur place, à Kinshasa, les projets de coopération mis en place entre la Région, la Communauté et la RDC.

Une aide pas énorme en termes budgétaires : 1,4 million d'euros. Mais qui vaut surtout par l'expertise des gens de Wallonie-Bruxelles qui, à travers la culture, l'éducation et la formation, notamment, participent très modestement, mais fondamentalement, à tenter de relever un pays en plein chaos post-conflit(s).

Les axes de travail de la délégation Wallonie-Bruxelles sont multiples. Dans le domaine agroalimentaire, par exemple. Grâce au Centre Agronomique et vétérinaire Tropical de Kinshasa, ASBL soutenue par la Région et l'UCL, des croisements de porcs belges et congolais ont été réalisés pour créer une race plus forte et plus viandeuse. Comment inséminer, comment gérer le nouvel élevage : c'est ce que les Belges apportent au Congolais.

Autre exemple de coopération : la création d'une bibliothèque scientifique menée par Wallonie-Bruxelles et les universités francophones belges. Le but était simple : regrouper en un lieu des outils documentaires de base et référencés, mais également permettre aux étudiants et aux profs congolais d'avoir accès à internet et donc aux ressources en ligne. Autre mission : permettre aux chercheurs congolais de publier leurs recherches. Des formations à distance sont également données. À terme, la volonté est carrément de donner des formations certifiantes, payantes, celles-là, histoire que l'institution devienne en partie indépendante des aides belges.

Migration circulaire En termes de formation, divers programmes sont également sur pied... en Belgique. En partenariat avec les autorités congolaises, les métiers en pénurie (et il y en a...) ont été listés. Le but est d'initier et de former des Congolais chez nous afin qu'ils aient ensuite la possibilité de retourner, s'ils le désirent, au Congo. Tout en gardant, bien sûr la possibilité de revenir par la suite en Belgique. C'est ce que Demotte appelle la « migration circulaire ».

Parmi ces métiers, sans doute, éducateur de rue. La délégation Wallonie-Bruxelles aide, logistiquement et humainement, un centre social situé en plein coeur du quartier Matonge, le vrai, en plein coeur populaire de Kinshasa. Là beaucoup d'enfants sont livrés à eux-mêmes, vendant ça et là quelques bricoles souvent inutiles sur le bord de la rue, histoire de survivre. Au Congo, la majorité des gens vivent avec moins d'un dollar par jour.

Et puis, enfin, il y a tout le projet culturel. Le centre animé par Wallonie-Bruxelles, en plein centre de Kinshasa, permet à de nombreux artistes congolais de venir s'exprimer alors qu'ils n'en auraient pas la possibilité ailleurs. Capital. Parce que la culture et la diffusion de celle-ci est aussi, pour un peuple, une façon de redresser la tête, de revendiquer une identité dans le concert des nations. De montrer qu'on existe et qu'on n'est pas totalement mort après des années de guerre qui a laissé un pays exsangue, délabré, délesté de toutes infrastructures et à l'économie ruinée.