«Il faut punir ceux qui font du business avec le piratage. Je suis pour que l’internaute qui veut voir le film à sa sortie puisse le voir ; mais lui offrir gratuitement, c’est pas possible. J’ai plein d’amis producteurs qui n’ont pas pu tourner en 2008, par manque à gagner sur leurs projets précédents». On sent Luc Besson habité. Le pauvre : ses poursuites en grosses cylindrées dans les rues de Paris lui coûtent un pont. Alors, pour défendre les droits, et le portefeuille, des «artistes» français, Besson et ses collègues Jugnot, Solveig ou Sémoun luttent sur jaimelesartistes.fr.

En pleine polémique sur la loi Hadopi de lutte contre le piratage, l’internet français subit depuis quelques mois la propagande de l’industrie musicale. Ainsi, Christine Albanel, ministre de la culture et promulgatrice de Hadopi, s’associe aux majors, à la SACEM (SABAM française) et aux artistes pour décrypter les dangers de la copie illégale via internet.

«Les hippies de Google»

Dans une optique didactique, jaimelesartistes.fr décryptes 10 idées fausses sur la loi, démystifie les sanctions et surveillances prévues par la loi et détaille les alternatives numériques légales au piratage. Des conseils propagandistes, minimisant la tournure orwellienne d’Hadopi. Et qui ne plaisent pas particulièrement à certains internautes qui ont fait sauter le site pour le rendre indisponible durant deux semaines.

Dans le même esprit, le site www.stoppartage.fr compile une multitude de mots-clefs en vidéo pour sensibiliser à la cause des artistes qui s’affichent sur sa page d’accueil : Johnny, Diam’s, Jennifer, Obispo, M. Pokora ou André Manoukian. Ce site se félicite d’ailleurs de «la sagesse de l’Assemblée Nationale» qui labellise les offres légales. Une mesure «pédagogique» pour «aider nos jeunes fraudeurs multirécidivistes à rentrer dans le droit chemin», et absolument pas une censure «comme le prétendent les hippies de Google». Un discours nord-coréen…

Derrick en allemand

Heureusement, les «pirates» tant conspués par Pascal Nègre et ses troupes ont davantage d’humour. «Vous imaginez si on vous coupait l’accès aux transports en commun parce que vous avez fraudé trois fois!», argue l’un d’eux. «A la télé, les épisodes de Derrick sont charcutés et en version française. La seule façon de les voir en VO, c’est de télécharger», renchérit un autre. Le «Portrait du pirate en conservateur de bibliothèque» est également plein de finesse. Sur leur site reseaudespirates.net, sponsorisé par certains acteurs de la presse française (dont LePost.fr, filiale du Monde, quand même), les résistants à Hadopi ont déjà réuni 11.000 signatures sur leur Pacte des libertés numériques. 11.000 pirates qui se revendiquent pirates.

Pas sûr que Sheryfa Luna va signer à l’en croire sur jaimelesartistes.fr : «C’est difficile de dire à des gamins de 10 ou 11 ans de pas télécharger quand on leur main tout ce qu’y faut entre leur mains. Si 100.000 personnes qui aiment mon univers artistique téléchargent mes disques, y aura plus de musique.»