C’est l’histoire d’un rappeur qui picole pour oublier que sa copine le trompe. Puis qui se lâche dans un mail assassin, macho à l’extrême, grossièrement misogyne et honteusement sexiste. D’une vulgarité et d’une violence sans borne.

Ce clip du rappeur français OrelSan indigne le web. Les blogueurs et associations féministes bien sûr, mais pas seulement. Les internautes demandent sa déprogrammation de certains festivals, dont le Printemps de Bourges. Qui n’a bizarrement pas encore accédé à cette demande.

"Impossible de cautionner"

En Belgique, le festival des Nuits Botanique où OrelSan devait se produire le 12 mai ne se montre pas si frileux. «Je ne peux cautionner un tel texte», argue le programmateur Paul-Henri Wauters. «Même si c’est un acte de jeunesse de l’artiste. Je me considère comme pris en otage. J’ai programmé OrelSan sur base de son disque, certes très dur, mais où ne figure pas le titre incriminé. Jamais l'entourage de l'artiste ne m'a parlé de cette chanson. Or, il est impossible pour moi d’accepter cette violence verbale à l’égard des femmes».

D’après le Bota, le management de l’artiste pointe la faiblesse de l’équipe du festival face à la pression du net. Mais celle-ci, si elle vitupère parfois sans raison, n’a-t-elle pas visé juste en l’occurrence? «Il n’y a aucune prise de distance avec le texte», continue Paul-Henri Wauters, dont l'attention a été attirée sur le clip grâce à certaines associations. «S’il se plaçait clairement comme témoin d’une société cancérisée par la violence conjugale, je n’aurais aucun problème. Mais le second degré me semble fort éloigné ici. Par ailleurs, il pourrait sortir grandi en présentant ses excuses.»

Ne tapez pas sur les juifs: tapez sur les femmes

OrelSan et son management s’obstinent. Ils crient à la censure. Et confondent la forme et le fond. «Dans la France de Sarkozy, je comprends la réaction de mes collègues de Bourges, tempère Paul-Henri Wauters. La censure est un sujet sensible pour eux.» Etonnant dès lors de comparer le consensus autour du cordon sanitaire envers les inepties antisémites de Dieudonné, à l’extrême prudence face à la misogynie écœurante d’OrelSan. La France pense-t-elle que mieux vaut taper sur les femmes que sur les juifs?

Comme l’a bien compris le Bota, le propos du rappeur n’est pas plus défendable que celui de l’humoriste. Le reste de l’affiche des Nuits, par contre, vaudra à coup sûr le détour par les serres bruxelloises.