Richard Nixon demeure, à ce jour, le seul président des États-Unis à avoir démissionné. Hormis Bush Jr, il est également celui dont la cote de popularité fut la plus basse au moment de rempaqueter ses cartons de la Maison-Blanche et d'entamer un long et douloureux exil médiatique. Ce sont les premiers mois de celui-ci, et le duel télévisé qui l'opposa au journaliste britannique David Frost que Ron Howard a choisi de brillamment mettre en scène dans Frost/Nixon.

Nous sommes en 1974. Deux ans après avoir été réélu de manière écrasante, le président Nixon devance l'impeachment (destitution par le Congrès) intenté contre lui et rend sa démission. C'est que depuis 1972 et l'arrestation de cambrioleurs au sein du siège du parti démocrate, dans l'immeuble du Watergate (qui donnera son nom à l'affaire), les preuves s'accumulent contre lui et son administration, soupçonnés d'avoir placé sur écoute adversaires politiques, journalistes et personnel de la Maison-Blanche lui-même.

«Je ne suis pas un escroc»

Pire : il est révélé que Nixon et sa clique avaient dressé une liste de personnalités à faire poursuivre par le fisc américain ou à salir, judiciairement parlant. Malgré les évidences, en dépit même de sa démission et probablement du bon sens, Nixon continue pourtant de tout nier en bloc, soutenant, comme il l'exprima dans un discours célèbre, qu'il «n'est pas un escroc».

Nixon, presque sympathique

C'est ici qu'intervient le scénario écrit par Peter Morgan, dont est tiré le film d'Howard. C'est à Morgan déjà que l'on devait les scripts de The Queen ou du magnifique The last king of Scotland, des films qui détricotaient d'autres grandes figures historiques, à savoir la Reine Elizabeth II et Amin Dada. Plutôt que de s'enliser dans un décryptage du Watergate, exercice périlleux tant les intervenants sont nombreux, le scénariste anglais s'est intéressé au duel cathodique qui opposa, trois ans après sa démission, Richard Nixon au journaliste britannique David Frost.

Frost est alors l'animateur-vedette d'un talk-show... australien. Un golden-boy tiré à quatre épingles qui ne revendique pas le statut de journaliste mais ambitionne de percer aux États-Unis, seul territoire à avoir résisté à son bagout. Plus ambitieux que talentueux, il se met en tête de consacrer une série d'interviews télévisées de Nixon, grassement rétribué pour la cause. Avec, pour but avoué, d'enfin obtenir les aveux de l'ex-président. Leur face-à-face est entré dans l'histoire de la télévision.

Ron Howard, qui courait après un grand film depuis Apollo 13 en 1995, réussit le tour de force de rendre intelligible le débat autour du Watergate, évitant de se perdre dans d'inutiles détails pour se concentrer sur l'essentiel : le mano a mano entre Frost et Nixon. Avançant ses pions avec la dextérité d'un maître, le réalisateur américain a construit son film comme une magistrale partie d'échecs, un affrontement psychologique sans merci entre un président aux abois et un journaliste en quête d'identité.

Plus fort encore : il parvient, encore une fois bien aidé par le scénario de Morgan, à presque rendre sympathique Richard Nixon en développant une intéressante réflexion sur le pouvoir et ses coulisses. Et laisse ainsi entendre, tout en finesse, que si les actes de l'ex-président républicain ne sont pas pardonnables en soi, ils sont sans doute le fait et le lot quotidien de tous les puissants de ce monde.

«Frost/Nixon», un biopic de Ron Howard. Avec Frank Langella, Michael Sheen et Kevin Bacon. Durée : 2 h02.

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