Depuis huit ans, les fonctionnaires de divers services dressent des procès-verbaux, pour des infractions urbanistiques constatées aux Jardins d'Annevoie. Cela vaut une comparution devant le tribunal correctionnel de Dinant à Stephan Jourdain, administrateur-délégué de l'ASBL du même nom. Deux personnes morales sont également citées, ce qui cause d'emblée un incident de procédure (lire ci-dessous).
Ce jeudi, en attendant les futures débats (le 5 mars) et une descente du tribunal à Annevoie (dans le courant du mois d'avril), on a eu droit à l'interrogatoire d'un prévenu plein d'assurance, le sourire en coin. Stephan Jourdain s'est appliqué à pourfendre l'inconséquence des pouvoirs publics dans ce dossier. Sa ligne de défense est incisive. L'homme d'affaires, qui se présente comme le mécène incompris des Jardins d'Annevoie, raconte l'histoire à sa manière, le président Jacques Delvaux est tout ouïe.
M. Jourdain rappelle qu'avec le Cercle de Lorraine qu'il dirigeait, il a été appelé à la rescousse par le monde politique au printemps 2000, par l'intermédiaire du ministre Kubla. Pour rendre son faste à un patrimoine exceptionnel. Le conseil d'administration de l'ASBL Jardins d'Annevoie est alors composé des pouvoirs publics (25 %) et du Cercle de Lorraine (75 %). En 2004, l'ASBL cède la propriété à la Région, qui lui rétrocède la partie touristique, sous forme de droit d'emphytéose de 49 ans. Tandis que la partie immobilière (dont le château) revient à une société privée (de Stephan Jourdain), également par emphytéose. Concomitamment, nous sommes toujours en juillet 2004, la composition du conseil d administration est modifiée : 50 % des sièges aux pouvoirs publics (Région, commune), 50 % au Cercle de Lorraine. Mais la Région a double voix, elle est donc majoritaire dans les faits.
«Ils n'ont pas moufté!»Stephan Jourdain sourit encore plus largement lorsqu'il explique que pendant tout ce temps, de hauts fonctionnaires de la Région ont siégé au conseil d'administration. Dont le propre bras droit du fonctionnaire délégué de l'urbanisme.
Les travaux à l'origine des poursuites actuelles se sont donc déroulés sous leurs yeux, et «ils n'ont pas moufté»
Pire, continue le prévenu : «Les très nombreux procès-verbaux rédigés par des fonctionnaires finissaient au parquet de Dinant, qui demandait aux pouvoirs publics leurs exigences pour les réparations. Et bien, ces derniers n'ont jamais répondu!»
Conclusion : «J'ai été couvert pendant 8 ans, au moins de manière passive. Ça a changé lorsque le procureur général de Liège, qui me voue un intérêt particulier, a décidé de régler son compte à Jourdain. La Région s'est dit oulala, on va le laisser tomber. Et tout le monde s'est tiré. Ok, j'assume, mais voilà le contexte».