On l'a tous constaté, directement ou via des collègues, des connaissances : c'est devenu un casse-tête de «caser» le dernier-né dans une crèche ou chez une gardienne agréée. Les places sont chères. À la limite, on inscrit déjà les embryons. De nombreuses mères, renoncent, pour cela, à s'engager sur le marché du travail.

De fait, il manque 10470 places pour l'accueil des petits enfants en Communauté française, affirme Chantal Bertouille, qui a fait procéder au calcul sur base des chiffres 2007 de l'ONE et de l'Institut national statistique. «Le bilan, à sept mois de la fin de la législature, me laisse perplexe», explique la députée régionale MR. Qui va interpeller Rudy Demotte, ce mardi, en commission des Affaires intérieures.

Brabant wallon privilégié

Ce bilan, quel est-il? Au 31 décembre 2007, on dénombrait 33 959 places d'accueil, soit une place pour un enfant de 0 à 3 ans sur quatre. Le taux de couverture est de 25,46 %. Or, l'objectif européen est de 33 places par 100 enfants. Et cet objectif était aussi, texto, celui du plan Cigogne II lancé par la Communauté française il y a trois ans, constate Mme Bertouille.

Cigogne II prévoyait l'ouverture de 8000 places en cinq ans. À l'approche de l'échéance, même avec ce qui a pu être réalisé courant 2008, on est loin du compte. De plus, la couverture est très inégale. Si on compte 40 places pour 100 enfants en Brabant wallon et 33 places en Luxembourg, Bruxelles (avec un déficit de 3763 places), le Hainaut (- 3706) et Liège (-2265) sont très loin des objectifs. «Alors que le besoin de garde est par définition un besoin de proximité». En bref : «un fiasco»!

Une «cacophonie»

Qu'est ce qui a foiré, alors? Le personnel qualifié ne manque pas : en 2006, 3700 puéricultrices diplômées ou assimilées étaient inscrites comme demandeuses d'emploi. Dans le cadre du plan Marshal, on avait annoncé la création de 850 postes subventionnés (APE, PTP). «On en a juste créé 623 alors qu'il y a une demande criante.» La Région Wallonne se plaint de la lenteur avec laquelle la Communauté française ouvre des milieux d'accueil. Et vice-versa.

«Le ministre Courard a lancé un appel à projets pour des structures communales (38 communes retenues avec un budget de 25 millions d'euros pour 1228 places à ouvrir d'ici fin 2010, NDLR) mais aucun lien n'est fait avec la programmation qui dépend, elle, du ministre Fonck», épingle Mme Bertouille. C'est «la cacophonie». Le dialogue fait défaut, plus que l'argent. Le ministre Donfut a encore annoncé, récemment, financer une vingtaine de projets de création ou de rénovation de crèche portés par des ASBL ou des CPAS, pour un total de 2,5 millions. «J'attends de voir si ce n'est pas un effet d'annonce de plus. Ça devient récurrent», souligne la députée MR. 2,5 millions, c'est à peu de choses près le montant qui avait été inscrit dans le budget wallon 2008, pour la subvention des infrastructures associatives d'accueil petite enfance. Une somme ramenée à 740000€ lors de l'ajustement budgétaire. Moins que ce qui était budgétisé en 2004! «De toute façon, les crédits inscrits ne sont jamais utilisés, comme l'épinglait encore la Cour des comptes l'an dernier.»