Députés et sénateurs prêtent serment ce jeudi après-midi. L'occasion d'un grand jeu de chaise musicale entre élus et suppléants. Les attrape-voix démissionneront ou renonceront pour laisser la place aux doublures. Jusqu'en 2009 ? Analyse.
Et c'est reparti pour un tour de manège. Tous en piste. Les élus d'un côté. Les suppléants de l'autre. Ce jeudi après-midi, à la Chambre et au Sénat, grand jeu de chaise musicale entre les vedettes et leurs doublures. Dans l'ombre, des inconnus et des abonnés au second rôle guetteront la prestation de serment pleine de sincérité de leur patron. Et surgiront.
Tromperie ou altruisme? Comment juger ce grand manège auquel on assiste à chaque élection? «Ce recours est classique depuis une dizaine d'années, affirme Pierre Vercauteren, politologue aux Facultés de Mons. Nous sommes dans une société de communication. Le transfert en faveur des suppléants permet de repêcher une personnalité qui n'a pas été médiatisée mais qui a fait un travail parlementaire précieux mais plus obscur. Au fond, les gros ramasseurs de voix remplissent un pot qui bénéficie à d'autres qui n'ont pas démérité.»
Les attrape-voix. Les vedettes tout terrain. Les élus de beurre et de papier. Ils sautent d'une élection à l'autre. Communales, fédérales, régionales. On les retrouve chaque fois. Ils prêtent serment, démissionnent, reviennent. Voilà qui entraîne confusion et frustration pour l'électeur.
Autre ennui : le brave suppléant est redevable. Il doit sa place à autrui. Ça fait des députés nécessairement plus fragiles et moins indépendants. Car autrui peut toujours revenir et laisser le suppléant sans gagne-pain. En 2009, après le résultat des élections régionales, il y aura des rires et des grincements de dents. Et des doublures devront plier bagage pour rendre la place à leur vedette. «Cela fait partie des accords politiques, réplique Pierre Vercauteren. Moi je ne vois pas d'objection à cette pratique. À une condition. Que cela se fasse en toute transparence. Celui qui se présente sans siéger doit annoncer clairement son intention avant les élections.»
Il existe une autre solution qui simplifierait la vie de l'électeur à bien des égards : regrouper les élections des différents niveaux de pouvoir au même moment. Et interdire alors de se présenter sur plusieurs listes à la fois.
Le cas le plus «abracadabrantesque» : Steve Stevaert en 2003
Qu'on ne s'y trompe pas : cette élection est loin d'être la pire du genre. Les pratiques ont été assainies. Autrefois, les casquettes s'empilaient sur les têtes des cumulards. Plus question aujourd'hui d'être ministre-député. Ou député fédéral et, à la fois, député wallon. Et cette fois-ci, les stars ont été plus sobres. Chacun s'est présenté soit au Sénat, soit à la Chambre. Le choix fut terriblement douloureux pour chaque président de parti. Mais il fut respecté.
Le cas le plus «abracadabrantesque» de l'histoire politique belge concerne Steve Stevaert. Aux législatives de 2003, le tenancier de bistrot devenu président du sp.a, était député flamand. Il était au faîte de sa gloire. Vendait ses livres de cuisine comme des petits pains. Attrapait des voix comme des mouches. Stevaert, donc, se présente alors à la fois à la Chambre et au Sénat.
La double candidature était à la mode. Joëlle Milquet et Elio Di Rupo, par exemple, faisaient de même. Stevaert a été élu dans les deux assemblées. Il n'a siégé dans aucune. Quelques mois plus tard, il filait à l'anglaise s'installer gouverneur du Limbourg. Résultat : Stevaert a fait trois tours complets de carrousel avant de s'enfuir avec la floche.
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