Bruxelles, lundi 5 mai 1998, 14h53. L'instant est historique pour la firme verviétoise d'informatique Flexos, et aussi pour notre économie régionale, dont aucune société ayant son siège social chez nous n'est encore cotée en bourse. Un certain suspense flotte dans une somptueuse salle de la bourse de Bruxelles. D'un clic, Vincent Van Dessel, le patron du marché Euronext, projette sur grand écran la situation des offres d'achat et de vente du titre Flexos, qui sera coté pour la toute première fois à 15heures précises sur le marché libre créé pour les PME (et sur lequel on trouve aussi la firme Ice Concept, basée à Alleur mais fondée par le Jalhaytois Olivier Zonderman).
Au premier rang de l'assistance, Jean-Paul Rosette, l'administrateur-délégué de Flexos, connaît un premier accès d'émotion: il y a plus de demandes d'achat (729) que d'offres de vente (225) de la nouvelle action de sa société. Le flux de transactions va donc dans le bon sens. «Même si cela n'est que symbolique pour une première cotation, je ne souhaitais quand même pas que le titre s'échange moins cher que son prix d'émission», dit-il.
Devant Agfa-Gevaert & CoAu contraire, même si cela est effectivement symbolique, à 15heures sonnantes, au moment où les cotations sont fixées une seule fois par jour, l'action Flexos s'affiche à 4,40euros, contre 4,10€ lors du lancement de la souscription. Cela ne représente que 30centimes à la hausse mais aussi +7,31%, soit, ce lundi, la plus forte progression de tout le marché Euronext (qui regroupe les marchés boursiers de Belgique, France, Pays-Bas et Portugal). Pour l'anecdote, Flexos trône à sa première cotation en tête du hit-parade des meilleures progressions de tout ce marché pan-européen, devant des firmes comme Agfa-Gevaert, Accor, Solvay ou Michelin...
«Mais tout cela n'est que symbolique, il faut rester humble, notre titre ne progressera pas de 7% tous les jours», sourit Jean-Paul Rosette, qui ne s'imaginait nullement vivre un tel événement quand, se rappelle-t-il, «nous avons fondé De Tésor en 1991, avec mon frère Francis, qui est le technicien, alors que je suis le commercial de la maison.»
L'entrée en bourse n'est pas une fin en soi. Elle s'accompagne surtout d'une levée de capitaux qui permettront un développement accéléré de la société rebaptisée Flexos lors de son déménagement depuis la rue du Centre à Verviers pour le zoning de Petit-Rechain, et qui se spécialise dans la sécurisation des systèmes informatiques, avec des effectifs de 10personnes.
Moins que prévuÀ côté de la fierté d'avoir convaincu de nouveaux actionnaires (principalement des particuliers de la région mais aussi de Paris), Jean-Paul Rosette reconnaît une petite déception: sur les 162000 nouvelles actions lancées en souscription (en plus des 475000 déjà pré-existantes et elles aussi cotées, désormais), seul un quart d'entre elles a trouvé investisseurs, ce qui réduit l'apport de capitaux frais à 157000€.
«L'atmosphère boursière n'était pas excellente et notre technologie de pointe n'est pas toujours très bien comprise par le marché, explique-t-il. Néanmoins, on ne peut pas parler d'échec. La priorité était de faire son entrée en bourse, ce qui facilitera de prochaines démarches. Ainsi, dès ce mardi, j'ai rendez-vous avec un groupe international spécialisé dans l'informatique (et lui aussi coté en bourse), puis avec d'autres possibles investisseurs. Je ne désespère pas, à terme, réunir les 500000€ de nouveaux capitaux espérés. Si ce n'était pas le cas, nous devrions quelque peu revoir notre business plan et être un peu moins ambitieux, ce qui serait dommage pour les emplois que nous souhaitons créer».
www.flexos.com