20% des travailleurs sont pauvres . Bosser à deux ne garantit plus un pouvoir d'achat suffisant. Une étude inquiétante de la FGTB.
On les appelle «les travailleurs pauvres». Selon une enquête menée par la FGTB avec Dedicated Research, ils seraient aujourd'hui près de 2 sur 10 à ne pas pouvoir joindre les deux bouts en fin de mois malgré un travail à temps plein. Preuve que ceux qui crient à une inquiétante baisse du pouvoir d'achat ne sont pas des affabulateurs alarmistes comme certains le laissent entendre.
«Les revenus de cette catégorie de travailleurs sont si peu élevés qu'ils ne leur permettent même plus de couvrir les dépenses en loisirs, de partir en vacances ne fût-ce qu'une fois ou même d'envisager d'acheter un logement» explique Anne Demelenne, la patronne de la FGTB. «Beaucoup ont également du mal à assumer les dépenses liées à l'éducation des enfants».
Le phénomène des «travailleurs pauvres» est particulièrement développé dans le secteur non-marchand et dans les organismes publics, surtout chez les jeunes et les personnes de plus de 50 ans dont une sur deux ne parvient plus à économiser le moindre euro. Inquiétant quand on sait pourtant combien le Belge a l'épargne chevillée au corps.
Résultat: près de la moitié des personnes actives jugent que leur pouvoir d'achat à réellement baissé et la même proportion se dit dans la dèche. Situation d'autant plus angoissante que pour la majorité des travailleurs, les revenus du travail sont les seuls du ménage. Et encore. Aujourd'hui, un seul salaire s'avère insuffisant. «Dire que l'épargne ou l'aide des parents vient en appoint des salaires et une vue de l'esprit» juge encore Anne Demelenne. Elle insiste également sur le fait que pour beaucoup de ménages, travailler à deux garantit à peine de dépasser le seuil de pauvreté fixé à 1600euros pour une famille de deux adultes et deux enfants!
Travailler plus ne sert à rienAlors que faire pour s'en sortir? Travailler pluspour gagner plus? Selon la FGTB, c'est bernique!
«Même avec les heures sup', le pouvoir d'achat n'augmente pas. Travailler plus n'est pas un choix personnel pour gagner plus. C'est souvent une contrainte imposée, soit parce qu'on se sent obligé d'assumer son travail et de faire avancer ses dossiers, soit parce que la direction l'exige. Et souvent, les heures supplémentaires ne sont ni récupérées, ni payées!»
Et Anne Demelenne de renchérir: «Qu'on arrête de dire que la perte du pouvoir d'achat n'est pas objective. On le voit clairement: l'inflation de 4,4% par an a des conséquences».
Et sans mesures rapides telles que l'augmentation du salaire brut, la liaison des allocations sociales au bien-être, le blocage des loyers ou encore la baisse de la TVA sur le gaz, l'électricité et le mazout, la situation risque encore de s'empirer, conclut la FGTB.