+ Un chantier très difficile:

+ Du jamais vu en matière de construction:

+ Un carnet de commandes surchargé: 

L'INGÉNIEUR NAMUROIS LOUIS WAROLUS A VU L'ATOMIUM SE CONSTRUIRE, BOULE APRÈS BOULE


Au sommet de l'Atomium sans casque


En 1958, Louis Warolus, en qualité d'ingénieur aux Ateliers de constructions métalliques de Jambes, a assisté au montage de l'Atomium.

In génieur aux défunts Ateliers de constructions métalliques de Jambes, qui ont fermé leurs portes en 1986, Louis Warolus a vécu de près l'aventure de l'Atomium. Il en garde de vibrants souvenirs. Nous l'avons rencontré dans sa maison d'Erpent. Sur la table, pour notre visite, il a sorti la miniature de l'Atomium, celle qu'il avait reçue en cadeau à l'époque et qui lui rappellera à jamais sa jeunesse.

Comment les Ateliers de Jambes ont-ils été associés à l'Atomium  ?

J'avais 31 ans à l'époque. C'était une belle époque pour devenir ingénieur, il y en avait peu. Mon patron était allé en cueillir deux, deux Russes, à leur sortie de l'université de Liège. J'ai été le troisième. Ils m'ont formé. Les Ateliers de Jambes ont été approchés par les concepteurs de l'Atomium pour fournir la structure des trois boules moyennes et supérieures.

Trois boules seulement  ? Et pourquoi pas les 9 boules  ?

Parce qu'il eût été impossible de tenir les délais. N'oublions pas que, dans les années 50, l'acier était en plein boum. Aux Ateliers de Jambes, le carnet de commandes de «  ponts  » débordait. On en construisait de tous côtés. Les ateliers employaient environs 550 personnes. Avec l'entreprise Materne, qui se trouvait à l'époque à Jambes, les Ateliers étaient le plus gros employeur de Namur. Aux gamins, les parents disaient souvent  : «  Si tu ne travailles pas bien à l'école, tu iras chauffer des rivets chez Finet  » (du nom du fondateur des Ateliers jambois, au début du XXe siècle).

Les Ateliers de Jambes n'ont pas seulement fourni trois des 9 boules de l'Atomium, ils l'ont aussi monté...

C'est exact. Aux Ateliers, on faisait tout  : l'étude, la fabrication, le montage. Nous étions les seuls en Belgique, - vous entendez bien, les seuls  ! - à proposer cela à nos clients. Nous avons donc monté aussi l'Atomium.

Quelles ont été les difficultés d'un chantier aussi inédit  ?

La difficulté, c'est qu'en même temps, les Ateliers de Jambes avaient remporté un concours afin de monter au Heysel, sur le site de l'Exposition universelle, un hall dédié au développement exponentiel du métal. On l'appelait «  Métal expo  ». Il a fallu assembler, en plus de l'Atomium, 300 tonnes de charpentes. À un rien près, les trois boules de l'Atomium arrivaient en retard. Nous avons respecté les délais sur le fil du rasoir. Les ouvriers et le chef monteur quittaient le hall qu'ils croisaient les premiers visiteurs de l'Expo.

Autre grande difficulté  : nous ne savions plus avancer sur nos autres chantiers de construction de ponts et nous manquions de mâts et de flèches, l'ancêtre de la grue. Nous avons même dû aller en chercher au Grand-Duché.

En tant qu'ingénieur, vous vous rendiez sur place  ?

Je dois y être allé une dizaine de fois. Je me souviens notamment avoir assisté, avec le directeur des Ateliers, M. Charon, à la pose du premier bipôde (qui soutient l'Atomium). Le Roi était présent et M. Charon, ah, c'était un as, s'était exclamé  : «  Regardez un peu où ils ont mis le Roi, il ne verra pas bien de là.  »

Qu'avez-vous personnellement réalisé sur ce chantier  ?

À l'intérieur des boules, il a fallu aménager des cubes. J'en ai calculé les dimensions et les cordons de soudure. Mais les 3 boules que nous avons fournies n'étaient pas destinées à recevoir des visiteurs.

De quel souvenir marquant vous rappelez-vous  ?

Les hommes travaillaient sans casque, rendez-vous compte. Ils portaient des casquettes et des chaussures souples aux pieds. Inimaginable de nos jours. Le chantier a duré approximativement 10 mois, hiver compris, et c'est un miracle si nous n'avons pas eu d'accidents. Le midi, pour aller manger à la baraque, il y avait foule devant l'unique ascenseur. Certains descendaient comme des singes, en rappel, pour aller plus vite. On les engueulait bien sûr.

Vous avez ensuite visité l'Atomium et l'expo...

Oui, bien sûr, ma belle-soeur habitait à côté. J'ai été épaté par les halls de la France et des États-Unis, construits selon des idées que nous n'aurions pas pu avoir. Mais nous avions déjà beaucoup innové. Un jour, je me souviens, on avait organisé un car avec les Ateliers pour aller voir l'Atomium. On s'était tous retrouvés à la Belgique joyeuse, où les visiteurs buvaient des chopes d'un à deux litres dans un décor bavarois. Il y avait là une ambiance extraordinaire. Le patron et le directeur des Ateliers y sont restés en goguette. À 1 h 30 du matin, ils n'étaient pas aux cars, nous ne les avons pas attendus...

Propos recueillis par Pierre WIAME