Lundi soir, le conseil communal débute sereinement. L'unanimité est de mise pour les premiers points à l'ordre du jour. Mais, arrivé au cinquième, la vague de consensus disparaît. Une modification du règlement d'ordre intérieur divise.

«Un Leuzois a sollicité l'autorisation de filmer les séances publiques des conseils communaux afin de les diffuser sur internet dans le cadre de la participation citoyenne, commence le bourgmestre. Nous avons demandé son avis à l'Union des villes et communes de Wallonie et elle refuse.»

Aussi, la modification du règlement a pour but d'ajouter un article précisant que les enregistrements sonores ou visuels sont interdits (hormis ceux réalisés par la presse). Ils ne pourraient faire l'objet d'une autorisation qu'après examen et pour autant que tous les membres de l'assemblée soient d'accord.

Filmer les Idées

Du côté de l'opposition, on ne l'entend pas de cette oreille.

«Ce que ce monsieur a filmé lors des précédents conseils est retranscrit de façon brute et intégralement, explique le conseiller Idées Christian Brotcorne. Il ne donne pas d'image négative de nous. Je ne vois pas ce qui motive ce refus.»

«Droit à l'image», clament en choeur plusieurs échevins. «Réservons ça à la presse professionnelle», soutient le mayeur.

«La presse ne diffuse que des morceaux choisis, lance alors M. Brotcorne. Elle m'atteint parfois plus dans mon droit à l'image ou à la parole.»

Le premier échevin surenchérit : «Le problème est de savoir ce que deviendront plus tard ces images. Et puis, si un citoyen peut filmer aujourd'hui, vingt-cinq demanderont pour faire de même demain.» Le point est finalement voté majorité contre opposition. Et, tandis que le cadreur amateur range son matériel, Christian Brotcorne lance un peu espiègle : «Pour moi, vous pouvez continuer à filmer le groupe Idées.»

Déception

«Cette interdiction est décevante, confie Jean-François Meurisse, le caméraman. Mon but était simplement de permettre à tous de suivre les conseils communaux leuzois. Peu de gens y viennent et je voulais donner la possibilité de les visionner à l'aise, chez soi.»

Une raison pour laquelle, cet informaticien a déjà diffusé plusieurs conseils sur son site (www.citoyen-leuzois.be).

«J'ai demandé l'autorisation en novembre, mais, ne sachant que répondre, la Ville a dit qu'elle allait se renseigner. Dans cette attente, j'ai filmé et diffusé les vidéos», raconte le Leuzois. Et de préciser : «Pour éviter les débordements, il n'est pas possible de laisser de commentaires sur le site.»

Lundi, la caméra s'est éteinte dès le point cinq voté. Mardi matin, seules les premières minutes du conseil étaient en ligne.

Dubitatif quant à la survie de son site, M. Meurisse, reste surtout dans l'incompréhension.

«Il s'agit d'une séance publique et de personnages publics que je filme dans le cadre de leur fonction publique... je devrais pouvoir continuer. On dirait qu'ils ont quelque chose à cacher.»