Recréer une bulle autour des mamans - 11/09/2009

Namur - C'est nouveau : deux sages-femmes et une infirmière lancent un service d'aide natale à domicile. Pour prévenir notamment le baby blues.

Il fallait être une femme pour lancer cela. L'avoir personnellement éprouvé. Une infirmière de 36 ans, Laurence Boxus, maman de trois enfants, lance un service d'aide natale à domicile dans la région de Namur. « Mon projet est parti du constat qu'il n'existe pas grand-chose pour aider les mamans à leur retour de la maternité. Souvent, elles se retrouvent seules, fragilisées, débordées par les tâches ménagères, perdues ou en souffrance avec leur solitude et leur fatigue, surtout quand le papa du bébé est retourné à ses activités » explique-t-elle.

À la naissance de son 3e enfant, Laurence Boxus s'était donné le temps de réfléchir, de consulter et de se documenter, jusqu'à ce que celui-ci entre à l'école. C'est désormais chose faite. Son projet a trouvé écho auprès de deux sages-femmes, Bénédicte de Thysebaert et Hélène Lefèbvre, qui oeuvrent à la maison de naissance de la rue Loiseau, à Salzinnes. Des missions de leur nouvelle ASBL (Sand, pour Service d'aide natale à domicile) ces professionnelles de terrain en parlent passionnément, et d'expérience. « Nos femmes qui accouchent ont des mamans qui travaillent. Elles n'ont plus comme il y a 30 ans, cette mère bienveillante venant les assister ou les aider à faire face à l'arrivée d'un nouvel enfant. Nous voulons remplacer cette solidarité familiale par une solidarité sociale » explique Bénédicte de Thysebaert.

Pour celle-ci, aider les mamans à domicile, sans détresse déclarée, c'est juste de la prévention au baby blues, de la promotion de la santé, au sein d'une société où le ressenti négatif d'une femme après son accouchement est bien caché ou toujours source de gêne. Parce que, directement après l'accouchement, après les félicitations, les visites de la famille, il va de soi d'être heureux.

Partager une tasse de thé

La solitude post-natale est d'autant plus aïgue aujourd'hui que les maternités encouragent le retour précoce à domicile.

« Notre soutien sera concret mais non médical. Pour accomplir les tâches ménagères et prendre le relais, si nécessaire, auprès du bébé. Mais ça peut être juste aussi prendre une tasse de thé avec la maman et partager des émotions avec elle. Nous sommes là pour lui poser la question : qu'est-ce qui vous ferait plaisir ? De quoi auriez-vous besoin pour être bien ? » ajoute Laurence Boxus.

Ce soutien permet généralement de dégager du temps à la nouvelle maman, afin qu'elle qu'elle puisse se recentrer sur l'essentiel, son bébé, son compagnon ou son mari.Répit et relevailles Le projet namurois s'inspire beaucoup du service de répit et relevailles tel qu'il en existe au Québec. « Il s'agit de revenir aux besoins fondamentaux des femmes. De refaire une bulle autour d'elles pour que l'aventure d'une naissance ne laisse que d'heureux souvenirs » raconte Bénédicte de Thysebaert, qui est allée sur place, au Québec, pour rencontrer une réalité sociale très avantageuse aux mamans. L'aide natale existe aussi en Flandre, où l'on parle de kraamverzogster (spécialiste du nouveau-né).

Laurence Boxus, elle, évoque le principe de la poupée russe. « Pour prendre soin de son bébé, il faut prendre soin de soi. Car le bébé ressent la tension chez sa mère ». Les papas sont généralement maladroits pour aider leur femme ou leur compagne. Personne, mieux qu'une femme, ne peut aider les mamans à surmonter les obstacles d'une naissance.

Pour lancer leur projet, ce trio féminin a besoin d'argent. L'échevinat des Affaires sociales de la Ville de Namur vient de lui octroyer 1000 € de subsides. Bénédicte de Thysebaert conclut : « Au Québec, on m'a rappelé que les grandes choses ont toujours commencé petitement ».

Pierre WIAME (Vers l'Avenir Namur)