L'affaire secoue l'administration de Charleroi et le collège. Récemment, le service des Finances de la Ville a mis à jour l'existence d'un faux parmi la masse de délibérations soumises à la signature du bourgmestre et de la secrétaire communale. Un extrait qui ne reproduit que très partiellement l'original a été constitué de toutes pièces, selon Jean-Jacques Viseur. « C'est la première fois qu'une telle infraction se produit sous la nouvelle majorité », dit-il. Circonstance aggravante : le bourgmestre, qui écarte l'hypothèse de l'erreur humaine, suspecte une volonté délibérée de tromper. « C'est ce qui nous a amenés à saisir le parquet d'une plainte. » Les membres de son exécutif en ont été informés.
Tout part d'une liste d'agents des départements de l'Animation, des Loisirs et de la Jeunesse auxquels la Ville s'engage à verser des indemnités kilométriques pour leurs déplacements professionnels. « Il s'agit d'une décision parmi d'autres comme nous en prenons 3 à 400 par semaine, selon Jean-Jacques Viseur. Au total, il y en a près de 90 000 par an. » Quand cette décision lui revient, la liste ne se réduit plus qu'à quelques noms. « On n'y a pas ajouté des bénéficiaires afin de leur faire profiter d'avantages indus. Le relevé est simplement incomplet, il y manque des dizaines de noms. » C'est en quelque sorte un faux par omission mais il porte le paraphe du bourgmestre et de la secrétaire.
Un problème s'est-il posé lors de la transcription ? Ce n'est pas l'interprétation du chef du Collège qui y voit une intention de tester sa capacité et celle de la secrétaire communale à contrôler la conformité des décisions politiques. Dans l'intention de nuire à terme ? C'est ce que suggère Jean-Jacques Viseur, inquiet. « Nous ne pouvons vivre avec cette menace sur la tête », tranche-t-il. Le bourgmestre choisit donc la voie radicale, c'est-à-dire de porter l'élément à la connaissance du Procureur du roi. Il écarte la piste de l'enquête interne qui aurait évité de faire monter la tension davantage au sein d'une administration déjà très tendue dans ses relations avec le politique et la hiérarchie. C'est évident : une enquête policière ne risque que d'envenimer les choses mais le bourgmestre entend donner un signal clair : « Si l'auteur est identifié, les sanctions seront très lourdes ! Nous ne pouvons pas accepter que des gens s'opposent à notre façon de fonctionner ou nous met tent des bâtons dans les roues. »
Déjà des mesures ont été prises pour empêcher la production de faux. Ces sécurités sont informatiques. Un logiciel empêche l'impression d'extraits différents des délibérations. Ou alors, il faut constituer des faux au départ de photocopies grossières qui ne sont pas des « PDF » des décisions du Collège et cela se verra tout de suite. Voilà donc une disposition de plus pour se mettre à l'abri d'infractions dont Charleroi pensait être définitivement quitte.
La tripartite se retrouve brutalement confrontée aux démons du passé.
+ Prolongez l'info dans Vers l'Avenir de ce vendredi